Une enquête préliminaire a été officiellement ouverte par la Sûreté urbaine de Dakar à l'encontre d'Ousmane Sonko, président de l'Assemblée nationale, suite à une plainte déposée par des descendants de Serigne Touba. Cette procédure, qui fait suite à des déclarations controversées sur l'origine de fonds circulant dans la ville sainte, se heurte toutefois à la protection constitutionnelle dont bénéficie le mis en cause en sa qualité de député.
L'origine du contentieux judiciaire
Le 12 juillet dernier, lors de l'inauguration du siège de son parti à Mbacké, Ousmane Sonko a publiquement évoqué la présence d'« argent sale » au sein de la cité religieuse de Touba. Ces propos, perçus comme une critique virulente de la gestion des affaires publiques, ont suscité une vive indignation parmi les descendants de Cheikh Ahmadou Bamba. Le 14 juillet, deux d'entre eux, Serigne Modou Maroun Niang et Serigne Mourtalla Bousso, ont déposé une plainte pour atteinte à l'honneur et à la réputation de la ville sainte. L'enquête, confiée à la Sûreté urbaine, en est actuellement au stade du recueil de témoignages, dont celui du porte-parole des plaignants, Serigne Makhtar Bousso, entendu début septembre.
Le verrou de l'immunité parlementaire
La poursuite de cette affaire se heurte à un obstacle procédural majeur : le statut d'Ousmane Sonko en tant que président de l'Assemblée nationale. En droit sénégalais, l'immunité parlementaire interdit toute arrestation ou poursuite pénale sans une levée formelle de cette protection par les pairs du député. Le processus, complexe, exigerait une requête du ministère de la Justice, l'examen par une commission ad hoc, puis un vote en séance plénière. Une telle démarche apparaît, à ce stade, hautement improbable, le mis en cause occupant la tête de l'institution chargée de statuer sur son propre cas.
Un climat politique sous tension
Au-delà de la dimension judiciaire, cette affaire s'inscrit dans un contexte de rupture politique marquée entre Ousmane Sonko et le président Bassirou Diomaye Faye. Le refus du parti PASTEF de participer au gouvernement et les critiques publiques adressées à l'exécutif confèrent à ce dossier une lecture politique sensible. Plusieurs issues restent possibles : un classement sans suite par le parquet, une résolution par la voie de la médiation religieuse — facilitée par les liens historiques du leader avec la confrérie mouride — ou un enlisement procédural. Pour l'heure, l'absence d'actes d'instruction coercitifs confirme que la justice privilégie une approche prudente face à une situation institutionnelle sans précédent.