Un modèle chinois pour demain ? "La Guinée peut faire la même chose." Ces mots du Premier ministre Amadou Oury Bah résonnent comme un défi lancé à l’histoire. De retour d’un voyage éclair en Chine, où il a observé les performances du géant asiatique, Bah Oury pose une équation simple : pourquoi la Guinée ne pourrait-elle pas reproduire ce succès ? La réponse passe par une révolution dans son secteur énergétique, pilier d’une ambition nationale ambitieuse.
Le chef du gouvernement a martelé ce message lors d’une cérémonie solennelle, le 28 juin 2026, où Électricité de Guinée (EDG) a reçu des engins lourds pour moderniser ses infrastructures. Un symbole. Alors que le pays compte désormais 17,5 millions d’habitants – quatre fois plus qu’il y a quarante ans –, les anciens systèmes peinent à suivre. "Le secteur énergétique est le baromètre de la vie politique et sociale", a-t-il souligné, évoquant les coupures récurrentes, aggravées par l’explosion du dépôt de Conakry en 2024. Comment expliquer que des crises aussi évitables persistent ?
Une facture nationale, un crime collectif Pour Bah Oury, la solution commence par une révolution culturelle. Les administrations publiques doivent payer leurs factures d’électricité – sans exception. "Toutes les administrations doivent régler leurs consommations", a-t-il tonné, transformant le retard en faute morale. "Le non-paiement, c’est un crime contre son propre pays." Ses mots ciblent les fraudes, les branchements clandestins et les détournements qui alourdissent la dette de l’État. Comment accepter que des millions soient gaspillés alors que des millions d’autres manquent d’électricité ?
Le Premier ministre a aussi pointé du doigt les lenteurs administratives, ces bouchons bureaucratiques qui étirent les délais de réalisation des projets à cinq ans au lieu de deux. "La Guinée doit changer." La preuve ? La Chine a bâti son empire en une génération. Pourquoi la Guinée ne pourrait-elle pas suivre ?
Financer la transition sans s’endetter Pour éviter de creuser le déficit national, le gouvernement mise sur l’innovation financière. Les véhicules de projet (SPV) et le leasing doivent permettre à EDG d’acquérir des équipements modernes sans puiser dans le budget général. "Mobiliser les banques, les investisseurs privés, c’est la clé." Une stratégie audacieuse, qui repose sur la rentabilité des activités énergétiques pour attirer les capitaux.
Mais l’argent n’est qu’un levier. L’exigence et la rigueur sont les moteurs réels. Bah Oury promet un accompagnement sans faille, mais aussi une pression accrue sur les responsables. Son objectif ? Éradiquer les crises énergétiques en trois ans. Trois ans. Un délai serré, mais pas impossible si les réformes sont appliquées sans relâche.
Simandou 2040 : et si la Guinée devenait la Chine d’Afrique ? Le programme Simandou 2040, lancé par le président Alpha Condé, vise à faire de la Guinée une puissance minière et industrielle. Mais sans électricité fiable, aucun projet ne décolle. Bah Oury le sait : le secteur énergétique est le socle invisible de toute transformation.
Alors, la Guinée peut-elle vraiment devenir "la Chine de demain" ? La réponse dépendra de sa capacité à rompre avec les habitudes, à exiger l’efficacité et à assumer ses responsabilités. Les compteurs prépayés, la fin des fraudes, l’accélération des projets… Ces mesures sont des étapes. Mais la volonté politique en est la première.
La question reste : cette fois, la Guinée osera-t-elle se regarder dans le miroir chinois ?