Face à la montée en puissance du parti d'extrême droite AfD en Saxe-Anhalt, une trentaine de commerçants étrangers ont baissé le rideau à Halle pour dénoncer un climat de racisme croissant. Cette mobilisation, baptisée « Halle sans nous ? », illustre l'inquiétude profonde des populations immigrées quant à leur avenir dans cette région de l'est de l'Allemagne.
Une mobilisation sous tension
Le centre-ville de Halle a été le théâtre d'une action symbolique forte, où restaurateurs, barbiers et commerçants ont suspendu leurs activités pour exprimer leur refus de l'exclusion. Si cette initiative citoyenne a rassemblé des dizaines de professionnels, beaucoup d'autres ont préféré s'abstenir, craignant des représailles directes dans un contexte politique polarisé. Les participants dénoncent une recrudescence des agressions et une incertitude quotidienne qui pèsent désormais sur les réfugiés et les résidents issus de l'immigration.
Le défi de la gouvernance régionale
La situation politique en Saxe-Anhalt reste bloquée depuis les élections régionales de septembre, où l'AfD a frôlé la moitié des suffrages. Alors que les partis traditionnels maintiennent un « pare-feu » contre toute alliance avec l'extrême droite, des fissures apparaissent, notamment avec la formation de gauche radicale BSW qui a entrouvert la porte à des coopérations ponctuelles. Le chef de file local de l'AfD, Ulrich Siegmund, ambitionne de prendre la tête de la région en décembre, avec un programme axé sur l'expulsion des étrangers en situation irrégulière.
Une saignée démographique en toile de fond
Au-delà des enjeux sociétaux, le départ annoncé de nombreux commerçants étrangers pose un problème structurel pour la Saxe-Anhalt. Cette région, l'une des plus pauvres du pays, a perdu près d'un quart de sa population depuis 1990, principalement au profit de l'ouest de l'Allemagne. Ce déficit de main-d'œuvre, déjà critique, pourrait être aggravé par l'exode des travailleurs étrangers. Comme le souligne le député régional Mamad Mohamad, le départ de ces populations menace la vitalité économique locale, alors que le territoire peine déjà à retenir ses propres jeunes actifs.