Le président Félix Tshisekedi a lancé un processus de dialogue national présenté comme une voie vers la paix dans l'Est de la RDC, une zone en proie à une instabilité persistante. Cette initiative suscite toutefois une vive inquiétude au sein de l'opposition et de la société civile, qui y voient une manœuvre politique destinée à justifier une révision de la Constitution et l'ouverture vers un troisième mandat.
La gestion de la crise sécuritaire comme levier politique
Face à l'enlisement du conflit dans l'Est, marqué par la chute de Goma en janvier 2025 et l'inefficacité des accords diplomatiques successifs, le pouvoir semble opter pour une stratégie de cloisonnement. En séparant les enjeux militaires du processus politique, l'exécutif utilise l'argument de l'insécurité pour conditionner la tenue de futures échéances électorales à une nouvelle « concorde nationale ». Cette approche, qui rappelle certaines dynamiques observées au Sahel, permet de transformer une impasse sécuritaire en opportunité pour restructurer le cadre institutionnel du pays.
La neutralisation des contre-pouvoirs
Le processus de dialogue est marqué par une reprise en main stricte par la Présidence. L'ordonnance du 27 août a transformé le rôle de la CENCO et de l'ECC, initialement médiatrices, en simples membres d'une commission préparatoire sous contrôle gouvernemental. Parallèlement, le choix de Kinshasa comme lieu unique des discussions exclut de facto plusieurs figures de l'opposition en exil ou sous le coup de procédures judiciaires, limitant ainsi la portée inclusive du dialogue et renforçant le contrôle de l'agenda politique.
Un verrouillage institutionnel en marche
Le projet semble bénéficier d'un alignement institutionnel favorable, avec des étapes clés déjà franchies au Sénat le 15 juin et devant la Cour constitutionnelle le 28 juillet. Pour les opposants regroupés au sein du C64 et du mouvement « Sauvons la RDC », l'enjeu est désormais de définir une ligne rouge claire. Ils entendent s'opposer à toute modification de la loi fondamentale, martelant que le mandat actuel du président doit impérativement s'achever en 2028, sans possibilité de prolongation.