En Osun, des milliards dépensés pour la santé rurale, mais les centres de soins restent à l’abandon

Par Rédaction KUMBA 4 min de lecture 51 lectures
En Osun, des milliards dépensés pour la santé rurale, mais les centres de soins restent à l’abandon

Malgré des milliards de naira alloués au secteur de la santé en Osun, les centres de soins primaires (PHC) des zones rurales restent en ruine, privant les populations d’un accès minimal aux soins. Reportage dans trois établissements emblématiques de l’État.

Des infrastructures en déliquescence malgré les promesses politiques

À Agbinpa, dans la zone de gouvernement local d’Ede South, l’état de délabrement du centre de soins primaires est frappant : herbes folles, murs lépreux, salles inutilisables et matériel médical obsolète. La seule infirmière de l’établissement, Rashidat Lamidi, cumule les rôles de soignante, administratrice et logisticienne, intervenant même en dehors de ses heures de travail pour répondre aux urgences. Pourtant, malgré les visites régulières de responsables politiques, aucune amélioration concrète n’a été apportée, selon elle.

À Abudo, dans la zone d’Egbedore, l’accès au centre est rendu impossible par des routes impraticables, forçant les habitants à se passer de soins ou à parcourir des dizaines de kilomètres pour des examens de base. Les fenêtres poussiéreuses et les registres abandonnés trahissent un établissement à l’abandon, où les travailleurs de santé sont absents et les numéros de téléphone affichés sur les murs injoignables.

Des dépenses publiques record, mais des résultats invisibles

Entre 2020 et 2026, l’État d’Osun a budgétisé 157,74 milliards de naira pour la santé, avec une part croissante du budget allouée au secteur (jusqu’à 12,96 % en 2023). Pourtant, les trois PHC visités illustrent l’écart entre les annonces et la réalité : rénovations superficielles, équipements non installés, et absence de services de base comme l’électricité ou l’eau courante. Les registres de passation de marchés révèlent des contrats de plusieurs centaines de millions de naira pour des travaux non finalisés ou non attribués à des centres spécifiques.

Le gouverneur Ademola Adeleke, lors d’une inspection en mars 2025, a affirmé avoir réhabilité plus de 200 PHC et lancé une nouvelle phase de 200 autres. Pourtant, sur le terrain, les habitants décrivent des structures toujours fermées, des soins reportés et des coûts supplémentaires (transport, achat de gants ou de désinfectants) à la charge des patients.

Des réformes en demi-teinte et des défis structurels persistants

L’Agence de développement des soins primaires d’Osun (PHCDA) reconnaît des contraintes de financement et une stratégie de ciblage des PHC « focaux » par circonscription. Selon son directeur exécutif, Adesina Igbalaye, les retards s’expliquent par des tensions sur les fonds des gouvernements locaux depuis février 2024. Un rapport interne de juin 2026, obtenu par la presse, confirme pourtant les lacunes : pénuries de médicaments (50 PHC sans antipaludéens, 20 sans sels de réhydratation), absentéisme du personnel et routes impraticables en saison des pluies.

Les experts, comme Sheriff Gbadamosi de Nigeria Health Watch, soulignent que les rénovations ne suffisent pas : « Un bâtiment ne fait pas un centre de santé fonctionnel. Il faut du personnel, des médicaments et des équipements opérationnels. » Il met en garde contre une approche qui concentre les ressources sur quelques établissements au détriment des communautés environnantes.

Des communautés sacrifiées sur l’autel des priorités politiques

Les habitants, comme Iya Beji, mère de cinq enfants nés à Agbinpa, ou Abdulrahaman Babatunde, soulignent l’absurdité d’un système où les patients doivent payer jusqu’à 10 000 naira pour un trajet en moto-taxi ou 700 naira pour recharger un téléphone via des opérateurs solaires privés. « On nous promet des hôpitaux, mais on nous donne des murs peints », résume un résident d’Ekusa, où une rénovation en 2020 n’a pas résolu les problèmes d’approvisionnement en eau ou de fermeture précoce du centre.

Alors que le gouvernement mise sur l’assurance-santé et les interventions chirurgicales gratuites, les PHC ruraux, censés être le premier recours, restent des coquilles vides. La question n’est plus seulement financière, mais systémique : comment garantir que les milliards dépensés améliorent concrètement la santé des Nigérians les plus vulnérables ?

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