Les urnes se ferment ce dimanche en Guinée-Bissau après un référendum constitutionnel qui pourrait bouleverser l’équilibre du pouvoir. Les résultats, attendus mardi, détermineront si le pays abandonne son système parlementaire pour un régime présidentiel, dans un contexte de sortie de crise post-coup.
Un scrutin sous haute tension après des années d’instabilité
Organisé dix mois après un coup d’État militaire, ce référendum vise à stabiliser les institutions avant les élections présidentielles et législatives prévues le 6 décembre. Le taux de participation a « dépassé » 55 %, et le scrutin s’est déroulé « sans incident remettant en cause sa crédibilité », selon Idrissa Djalo, secrétaire exécutif de la Commission électorale nationale. Les résultats sont attendus mardi.
Le texte soumis au vote propose de remplacer le système parlementaire actuel, marqué par des gouvernements issus de la majorité parlementaire et des tensions récurrentes, par un régime présidentiel. Le président pourrait alors nommer et révoquer le Premier ministre et les membres du gouvernement, ainsi que dissoudre le Parlement.
Un « oui » pour éviter les blocages, mais sous conditions
Les électeurs ont répondu par « oui » ou « non » à la question : « Êtes-vous d’accord avec l’entrée en vigueur de la nouvelle constitution approuvée par le Conseil national de transition ? ». Le général Horta Inta-A Na Man, chef de l’État transitoire et leader militaire, a justifié ce changement par la volonté d’éviter que le prochain élu ne soit « entravé » dans l’exercice de son mandat. Pourtant, la charte transitoire l’empêche lui-même de se présenter à la présidentielle.
Cette réforme s’inscrit dans un contexte de crise politique profonde. En novembre 2025, les deux candidats à la présidentielle s’étaient déclarés vainqueurs et s’étaient accusés mutuellement d’ingérence électorale, avant que l’armée ne prenne le contrôle du pays le lendemain.
Vers une normalisation fragile ou une nouvelle ère autoritaire ?
Si le « oui » l’emporte, la Guinée-Bissau basculerait vers un système où le pouvoir exécutif concentrerait davantage d’autorité. Les observateurs soulignent que cette transition pourrait, selon les interprétations, soit renforcer la stabilité en clarifiant les rôles, soit fragiliser davantage les contre-pouvoirs. Le général Inta-A Na Man a insisté sur l’objectif de « permettre à qui gagnera les élections de terminer son mandat sans entrave », une formulation qui laisse planer des interrogations sur les garde-fous démocratiques.
Les prochaines semaines seront cruciales : après le référendum, le pays devra organiser des élections dans un climat politique encore marqué par la défiance. La communauté internationale, déjà sceptique après le coup de 2025, surveillera de près l’issue de ce processus.