En Guinée-Bissau, le référendum constitutionnel valide un régime présidentiel fort malgré les tensions politiques

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 36 lectures
En Guinée-Bissau, le référendum constitutionnel valide un régime présidentiel fort malgré les tensions politiques

Les Bissau-Guinéens ont massivement approuvé, à 70%, un projet de Constitution instaurant un régime présidentiel fort, une réforme controversée dans un pays sous le joug d’une junte militaire. Ce scrutin, organisé dimanche, intervient dans un contexte de tensions politiques extrêmes, alors que la transition vers un retour des civils au pouvoir, prévue pour décembre, reste incertaine. Les résultats définitifs seront validés par la Cour suprême, mais l’opposition dénonce déjà une manœuvre pour concentrer le pouvoir entre les mains d’un seul homme.

Un référendum contesté dans un climat politique délétère

Le référendum constitutionnel, qualifié de « succès » par la Commission nationale électorale pour son « professionnalisme » et sa « transparence », a enregistré une participation en demi-teinte. Les électeurs se sont rendus aux urnes dans un pays marqué par cinq coups d’État depuis son indépendance en 1974. Pourtant, l’opposition, menée par le PAIGC – parti historique de l’indépendance –, a appelé au boycott, dénonçant des « restrictions des libertés publiques » et une organisation du scrutin « dans un contexte de transition non démocratique ».

Un régime présidentiel pour éviter les blocages institutionnels

Le projet de Constitution vise à remplacer le système semi-parlementaire actuel par un régime présidentiel fort. Le chef de l’État obtiendrait le pouvoir de nommer et révoquer le Premier ministre, le gouvernement et de dissoudre le Parlement, abandonnant ainsi le modèle où le Premier ministre était issu de la majorité parlementaire. Cette réforme répond à des années de cohabitations conflictuelles, comme celle de 2023, où le président Embalo avait dissous un Parlement dominé par l’opposition après une crise politique. Les autorités de transition justifient ce changement par la nécessité de stabiliser les institutions avant les élections générales de décembre.

La junte sous le feu des critiques

La transition actuelle, dirigée par le général Horta N’Tam, un proche de l’ancien président Embalo, est elle-même contestée. Selon la Charte de la Transition adoptée en décembre 2025, ce dernier ne pourra pas se présenter à la prochaine présidentielle. Pourtant, des voix s’élèvent pour dénoncer une réécriture constitutionnelle imposée par une junte non élue. Abubacar Ture, président de la Ligue bissau-guinéenne des droits humains, a mis en garde : « Le système présidentialiste que la junte veut imposer va concentrer tous les pouvoirs entre les mains d’un seul homme. Cela est dangereux pour notre démocratie. »

Un enjeu pour la stabilité future du pays

Alors que les résultats définitifs doivent être proclamés dans les prochains jours, la question de la légitimité de cette réforme reste entière. Si elle est validée, elle pourrait redéfinir l’équilibre des pouvoirs en Guinée-Bissau, un pays où l’instabilité politique a souvent servi de terreau aux coups d’État. Mais elle risque aussi d’alimenter les tensions entre les forces politiques et la société civile, déjà fragilisées par des années de crises institutionnelles. La transition vers un retour des civils au pouvoir, prévue pour décembre, s’annonce plus complexe que jamais.

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