Le 30 août, les citoyens de Guinée-Bissau se rendront aux urnes pour valider ou rejeter une réforme constitutionnelle controversée, qui pourrait transformer radicalement l’architecture politique du pays. Ce scrutin, organisé neuf mois après un coup d’État militaire et trois mois avant des élections présidentielles et législatives, cristallise les tensions entre ceux qui y voient un remède à l’instabilité chronique et ceux qui dénoncent une concentration excessive du pouvoir.
Un texte né dans l’ombre d’un coup d’État
La proposition de réforme constitutionnelle trouve son origine dans le putsch du 26 novembre 2025, survenu alors que le pays s’apprêtait à organiser des élections présidentielles et législatives. L’armée, dirigée alors par le général Horta Inta-A Na Man, a saisi le pouvoir la veille de l’annonce des résultats, plongeant le pays dans une transition dirigée par un Conseil national de transition (CNT) doté de pouvoirs législatifs. C’est ce conseil, mis en place en janvier 2026, qui a adopté le texte constitutionnel le 13 janvier 2026, ouvrant la voie à ce référendum.
Des pouvoirs présidentiels renforcés, au cœur des débats
Si le « oui » l’emporte, la nouvelle Constitution attribuerait au président des prérogatives élargies : nomination et révocation du Premier ministre et des ministres, présidence du Conseil des ministres, et même la possibilité de créer ou supprimer des ministères. Le Parlement, actuellement composé de 102 sièges, serait réduit à 65, tandis que le nombre de circonscriptions électorales passerait de 29 à 12. Les candidats à la présidence devraient désormais justifier d’une résidence permanente de cinq ans en Guinée-Bissau et verser un dépôt de 50 millions de francs CFA (environ 90 000 dollars), tandis que les partis politiques devraient compter au moins 5 000 membres, dont 300 dans chaque région.
Une transition militaire sous le feu des critiques
L’opposition, menée par le PAIGC, rejette le référendum et appelle au boycott, dénonçant un processus peu inclusif. Les détracteurs de la réforme soulignent que la réduction des circonscriptions et l’augmentation des exigences financières pourraient marginaliser les petits partis et affaiblir la représentation locale. Par ailleurs, la création d’une Cour constitutionnelle, bien que saluée par certains, est perçue par d’autres comme un outil supplémentaire de contrôle entre les mains de l’exécutif. Les partisans du texte, eux, estiment qu’une présidence plus forte permettrait de mettre fin aux conflits récurrents entre institutions et de clarifier les lignes de responsabilité.
Un scrutin décisif avant les élections de décembre
Le référendum intervient à un moment charnière : les électeurs devront se prononcer sur le cadre constitutionnel avant même d’élire, le 6 décembre, le prochain président et le nouveau Parlement. Si le « oui » l’emporte, le président élu en décembre disposera de pouvoirs bien plus étendus que sous le système actuel. À l’inverse, un « non » laisserait la question de la réforme constitutionnelle en suspens, sans garantie sur la stabilité future du pays. Pour les autorités de transition, ce vote s’inscrit dans une logique de retour progressif à l’ordre constitutionnel. Pour leurs opposants, il pose une question fondamentale : une junte militaire peut-elle légitimement définir les règles politiques avant le rétablissement des institutions élues ?