En 2023, près d’une femme sur dix (9 %) en âge de procréer en France n’utilise aucune méthode contraceptive, un taux qui a doublé depuis 2010. Cette hausse s’inscrit dans un contexte de méfiance croissante envers les pilules hormonales, de difficultés d’accès économique et de mutations des pratiques sexuelles. Les conséquences pour la santé publique, notamment en matière de grossesses non désirées, d’interruptions volontaires de grossesse (IVG) et d’infections sexuellement transmissibles (IST), sont désormais au cœur du débat.
Une évolution chiffrée du non‑recours à la contraception
Le baromètre national « Contexte des Sexualités en France » (CSF) montre que le pourcentage de femmes de 18 à 49 ans n’utilisant aucune contraception est passé de 4 % en 2010 à 8,4 % en 2016, pour atteindre 9 % en 2023. Cette progression s’observe surtout chez les plus jeunes, qui sont également moins enclines à recourir au préservatif lors du premier rapport ou avec de nouveaux partenaires.
Freins économiques et rejet des méthodes hormonales
Les obstacles financiers restent le facteur déterminant, touchant particulièrement les femmes issues de milieux défavorisés ou migrantes. L’accès à la contraception devient alors un luxe, alors même que l’ANSM a récemment alerté 1,6 million de femmes exposées à un risque faible de méningiome lié aux pilules à base de désogestrel. Le scandale autour de ces pilules de troisième génération a amplifié le rejet des méthodes hormonales, incitant certaines à préférer des solutions non médicalisées ou à partager la charge contraceptive avec le partenaire.
Conséquences sur les grossesses non désirées, les IVG et les IST
Le recul des ventes de pilules contraceptives – 17 % en six ans selon un baromètre – s’accompagne d’une hausse des grossesses non souhaitées et d’une augmentation des IVG, surtout chez les jeunes confrontées à l’incertitude économique et politique. Parallèlement, on observe une remontée des IST chez les mêmes populations, aggravée par une utilisation limitée du préservatif comme moyen de protection.
Vers un meilleur accès et une information adaptée
Les experts soulignent la nécessité d’un accès gratuit et simplifié aux contraceptifs, ainsi que d’une information fiable et diversifiée. La priorité n’est pas de promouvoir une méthode unique, mais de permettre à chaque individu – femme ou homme – de choisir la solution la plus adaptée à sa situation, qu’il s’agisse de pilules, de dispositifs intra-utérins, de préservatifs ou de méthodes naturelles, tout en garantissant une couverture contraceptive suffisante pour réduire les risques sanitaires collectifs.