Plus de 33 000 Palestiniens, issus des camps de réfugiés de Jénine, Nur Shams et Tulkarem, font face à une crise humanitaire sans précédent après avoir été contraints de quitter leurs foyers début 2025. Cette opération militaire, qualifiée de plus vaste déplacement forcé en Cisjordanie depuis 1967, laisse des milliers de familles dans une précarité extrême, sans perspective de retour et avec un filet de sécurité sociale en pleine déliquescence.
Une destruction massive des infrastructures
Les données satellitaires de l'ONU révèlent l'ampleur des dégâts : 20 % des bâtiments des trois camps ont été détruits, tandis que 28 % supplémentaires ont subi des dommages structurels importants. Pour les résidents, cette destruction ne représente pas seulement une perte matérielle, mais l'effacement d'un lieu de vie multigénérationnel. L'armée israélienne justifie ces opérations par des impératifs de « sécurité opérationnelle », mais les agences onusiennes s'inquiètent d'une volonté de modifier durablement la géographie de la présence des réfugiés palestiniens dans la région.
L'effondrement du soutien économique
La situation des déplacés est aggravée par une dépendance économique totale. Selon l'UNRWA, 85 % des personnes déplacées n'ont plus de revenus réguliers, la plupart ayant perdu leur emploi suite à la fermeture des camps et à la révocation des permis de travail en Israël. Alors que les familles vivaient auparavant sans loyer dans les camps, elles doivent désormais se loger dans un marché locatif inabordable. Les aides ponctuelles de l'agence onusienne, confrontée à des déficits de financement, ne suffisent plus à couvrir les besoins vitaux, poussant de nombreux foyers vers l'endettement et l'expulsion imminente.
Une détresse psychologique et sociale croissante
Au-delà de la précarité financière, le tissu social se désagrège. Les équipes psychosociales de l'UNRWA observent une hausse alarmante de la dépression et de l'anxiété chez les enfants, ainsi qu'une augmentation des violences basées sur le genre au sein des familles sous pression. La solidarité locale, qui permettait initialement aux déplacés de se nourrir à crédit ou d'être hébergés par des proches, s'essouffle après vingt mois de crise. Pour les familles comme celle de Hakim Mar’i ou de Khadija Zbeidat, l'incertitude est quotidienne : les zones militaires fermées, renouvelées tous les deux mois, empêchent tout retour, tandis que la menace d'une nouvelle expulsion plane sur leurs logements de fortune.
L'impasse des perspectives de retour
Contrairement aux crises précédentes, aucun plan de reconstruction n'a été esquissé. L'UNRWA souligne que le droit au retour est une position onusienne ferme, mais sur le terrain, la réalité est celle d'une errance forcée. Les familles déplacées, souvent contraintes de vivre dans des conditions insalubres et surpeuplées, craignent désormais que cette précarité ne devienne un état permanent, condamnant les nouvelles générations à une existence de réfugiés sans ancrage ni protection.