En Chine, les vignobles du Turpan révolutionnent l’irrigation pour sauver l’eau dans le désert

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 36 lectures
En Chine, les vignobles du Turpan révolutionnent l’irrigation pour sauver l’eau dans le désert

Dans le désert du Turpan, où les températures dépassent 50°C en été, une révolution agricole silencieuse transforme les méthodes d’irrigation des vignobles. Grâce à des micro-aspersseurs, la région économise désormais plus de 200 m³ d’eau par hectare et par an, tout en préservant les rendements.

Des canaux à ciel ouvert aux pipelines souterrains

Jusqu’en 2023, les vignobles du Turpan dépendaient d’un système d’irrigation par submersion, hérité de générations de viticulteurs. Pourtant, cette méthode gaspillait jusqu’à 50 % de l’eau : une partie s’évaporait en chemin, via des canaux ouverts sur plusieurs kilomètres, et le reste ne profitait pas pleinement aux racines des vignes. « Avec l’irrigation traditionnelle, seule la moitié de l’eau atteint réellement les plants », explique Wang Xiaoyan, responsable au bureau des ressources en eau de Turpan.

Pour pallier ce gaspillage, les autorités ont déployé un réseau de pipelines souterrains, alimentant des micro-aspersseurs directement dans les parcelles. Ce système, inspiré des anciens *karez* – des aqueducs souterrains perses –, limite l’évaporation et permet une distribution ciblée. Depuis le lancement du projet, 16 200 km de tuyaux et 146 900 km de rubans d’aspersion ont été installés, couvrant 36 667 hectares de vignes.

Une irrigation lente et mesurée pour des racines plus profondes

Contrairement à l’irrigation par submersion, qui inonde les parcelles en quelques heures, les micro-aspersseurs fonctionnent par sessions de deux à trois heures. L’eau est diffusée en fines gouttelettes, permettant une infiltration progressive dans le sol. « Après chaque session, l’humidité persiste dans les couches profondes, où les racines des vignes peuvent l’absorber sans gaspillage », précise Aret Rahmutul, responsable du bureau des ressources en eau de Gaochang.

Les résultats sont immédiats : chaque hectare économise désormais plus de 200 m³ d’eau par an, tandis que les coûts en eau et en électricité chutent de plus de 50 yuans par hectare. Un gain significatif dans une région où l’évaporation annuelle atteint 2 477 mm, contre seulement 14,7 mm de précipitations.

L’adaptation des viticulteurs, clé du succès

Le passage à ce système a d’abord suscité des réticences. Rahman Wupur, viticulteur de Shalek, craignait que la réduction des quantités d’eau n’affecte ses récoltes. « Comment garantir que les vignes auront assez d’eau avec si peu de liquide ? » s’interrogeait-il. Pour le convaincre, les autorités ont organisé des démonstrations sur le terrain : en creusant à un mètre de profondeur, les participants ont constaté que le sol restait humide, preuve que les racines recevaient suffisamment d’eau.

Les mesures réalisées lors des vendanges ont confirmé l’efficacité du système : les rendements sont restés stables, voire supérieurs dans certains cas. Aujourd’hui, plus de 80 % des vignobles du Turpan utilisent cette méthode, marquant une avancée majeure pour l’agriculture en milieu aride.

Un modèle pour les zones désertiques ?

Avec une population mondiale en croissance et des ressources en eau de plus en plus sollicitées, les solutions comme celle du Turpan pourraient inspirer d’autres régions confrontées à la sécheresse. En combinant innovation technologique et adaptation des pratiques locales, cette approche prouve qu’il est possible de concilier productivité agricole et préservation des écosystèmes fragiles.

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