En Allemagne, l'AfD capitalise sur le sentiment de déclassement des électeurs de l'ex-RDA

Par Rédaction KUMBA 2 min de lecture 32 lectures
En Allemagne, l'AfD capitalise sur le sentiment de déclassement des électeurs de l'ex-RDA

Le triomphe de l'AfD en Saxe-Anhalt, où le parti a recueilli plus de 44 % des suffrages, confirme l'ancrage profond de l'extrême droite dans l'ancienne Allemagne de l'Est. Ce succès électoral repose sur une stratégie habile exploitant l'« Ostalgie » et un sentiment persistant de marginalisation sociale et politique au sein de la population.

Le poids de l'Ostalgie dans le débat politique

Plus de trente-six ans après la chute du Mur, la nostalgie de l'ancienne RDA, baptisée « Ostalgie », demeure un levier électoral puissant. Selon Jacques-Pierre Gougeon, chercheur à l'IRIS, ce phénomène ne traduit pas un regret de la dictature ou de la surveillance de la Stasi, mais une idéalisation de la solidarité sociale d'autrefois. Le modèle est-allemand, qui garantissait notamment un taux d'emploi féminin élevé grâce à une prise en charge étatique de la petite enfance, est perçu par une partie de la population comme un socle protecteur aujourd'hui disparu.

Le sentiment d'être des citoyens de seconde zone

Au-delà de la nostalgie, le vote AfD s'enracine dans un sentiment de déclassement économique et symbolique. De nombreux habitants de l'Est estiment que les instances de pouvoir, qu'elles soient politiques, économiques ou médiatiques, restent dominées par les élites de l'Ouest. Cette perception d'être des « citoyens de deuxième classe » est exacerbée par des réformes sociales perçues comme injustes. La remise en cause de la possibilité de départ à la retraite à 63 ans, après 45 années de carrière, est particulièrement mal vécue dans ces territoires où les parcours professionnels longs, notamment chez les femmes, étaient la norme.

La récupération des symboles par l'AfD

L'AfD a su transformer ce mécontentement en un capital politique en se positionnant comme le seul défenseur des intérêts oubliés de l'Est. Le parti n'hésite pas à instrumentaliser les symboles de l'ère communiste pour créer une proximité avec son électorat, comme en témoigne l'usage de l'ancien hymne est-allemand lors de meetings de campagne. Cette stratégie a prévalu malgré les mises en garde des autorités allemandes, qui avaient tenté de rappeler la réalité répressive de la RDA durant l'été. En ignorant ces rappels historiques, l'AfD a réussi à cristalliser un « ras-le-bol » généralisé, transformant une nostalgie diffuse en une force électorale capable de bousculer les équilibres politiques nationaux.

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