La poussée historique de l'AfD en Saxe-Anhalt place l'Allemagne face à une crise politique majeure. Le parti d'extrême droite a frôlé la majorité absolue dimanche, laminant la CDU de Friedrich Merz dont la crédibilité est désormais gravement entamée. L'onde de choc traverse l'Europe, de Rome à Madrid, tandis que la question du cordon sanitaire autour de l'extrême droite revient avec une acuité nouvelle.
Une victoire sans précédent pour l'AfD
Avec des résultats proches de la majorité absolue, l'AfD a réalisé un score qualifié d'historique par l'ensemble de la presse allemande. Die Welt parle d'un « triomphe » pour le parti d'extrême droite, quand Handelsblatt, le quotidien économique de Düsseldorf, y voit « le pire résultat » jamais enregistré par la CDU. L'hebdomadaire Die Zeit va plus loin en évoquant un « choc » et une « détresse » au sein du parti de Merz, soulignant la « peur grandissante » de voir l'AfD prendre des initiatives « susceptibles de la déchirer ».
Merz, un chancelier en sursis
La position de Friedrich Merz apparaît plus que jamais fragilisée. Der Spiegel estime que le chancelier n'est « clairement pas l'homme de la situation », ajoutant que cette opinion est partagée par plusieurs au sein de sa propre formation. The Financial Times note que sa popularité est « au plus bas » et que sa « maladresse comme son incapacité à tenir ses promesses rebutent les électeurs ». Le Wall Street Journal, journal conservateur, impute cette colère populaire aux « partis traditionnels » et à une « économie en berne ». Le Frankfurter Allgemeine Zeitung tente toutefois de temporiser, rappelant que « la coalition a un seul mandat : la stabilité ».
L'effondrement du cordon sanitaire européen
Au-delà des frontières allemandes, les réactions reflètent l'inquiétude continentale. Le journal espagnol El Pais analyse que les résultats de Saxe-Anhalt démontrent surtout « les limites de la politique de cordon sanitaire » : « Copier le programme de l'extrême droite, comme l'ont fait de nombreux conservateurs européens, n'a pas fonctionné : les électeurs préfèrent généralement l'original à la copie », observe-t-il. Le Soir belge rappelle qu'au-delà de sa victoire électorale, l'AfD assume « sans vergogne un révisionnisme historique envers les crimes du IIIe Reich », auquel s'ajoute « une ligne anti-migration et pro-russe ».
Un test pour toute la classe politique
Le Tagesspiegel berlinois résume l'enjeu avec lucidité : les résultats « imposent une mission à toute la classe politique et à la société ». Le journal se demande toutefois : « Il faut un plan convaincant pour permettre à l'Allemagne de s'affirmer dans un monde en mutation. Mais en avons-nous la force ? » Die Zeit parle d'un « tournant historique » pour la démocratie allemande, rappelant que l'AfD est devenue le deuxième parti du pays lors des dernières élections fédérales et pourrait devenir le premier aux prochaines. L'AfD qualifie d'ailleurs la Saxe-Anhalt d'« État modèle » à partir duquel une « influence radioactive » est espérée vers les autres régions du pays.