En 1766, le Maroc ottoman envoyait son ambassadeur à Constantinople pour sceller une alliance stratégique

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 26 lectures
En 1766, le Maroc ottoman envoyait son ambassadeur à Constantinople pour sceller une alliance stratégique

En 1766, le sultan alaouite Moulay Mohammed Ben Abdellah dépêchait son ambassadeur Abdelkrim Ragoun à Constantinople pour exprimer la solidarité du Maroc avec l’Empire ottoman, alors menacé par l’expansion russe. Ce geste diplomatique, marqué par l’envoi de cadeaux et de technologies navales, illustre une stratégie d’alliance stratégique entre deux puissances islamiques face à un ennemi commun.

Un ambassadeur marocain à la cour ottomane pour contrer la Russie

En 1766, alors que l’Empire ottoman fait face à des tensions croissantes avec la Russie, le sultan marocain Moulay Mohammed Ben Abdellah envoie Abdelkrim Ragoun, originaire de Tétouan, auprès du sultan ottoman Moustapha III. Ce déplacement s’inscrit dans une politique étrangère proactive, visant à renforcer les liens entre les deux empires islamiques. Selon plusieurs sources, cette mission diplomatique répondait à une demande de solidarité ottomane, alors que les tensions avec la Russie s’intensifiaient avant la sixième guerre russo-turque (1768-1774).

Le choix d’Abdelkrim Ragoun, homme de confiance du sultan, n’est pas anodin : il symbolise l’engagement du Maroc à soutenir l’Empire ottoman, alors considéré comme le plus puissant califat islamique de l’époque. Cette alliance s’inscrit dans une logique de coopération militaire et navale, deux domaines où les deux empires pouvaient se renforcer mutuellement.

Des échanges de cadeaux et de technologies navales

L’ambassade marocaine ne se limite pas à un simple message de solidarité. À son retour en 1767, Abdelkrim Ragoun rapporte avec lui un navire de guerre offert par Moustapha III, ainsi qu’un ensemble de matériel naval : canons, mortiers de bronze, munitions, mâts, ancres, voiles et cordages. Ces équipements, essentiels pour moderniser la flotte marocaine, reflètent l’importance accordée par Mohammed III à la puissance navale.

En contrepartie, le sultan ottoman envoie au Maroc des experts en fonderie de canons et en construction navale, renforçant ainsi les capacités industrielles des deux empires. Ces échanges technologiques marquent une étape clé dans la coopération maritime entre les deux puissances, alors que le Maroc cherche à développer sa flotte corsaire et commerciale.

Une diplomatie au service de la stabilité régionale

Abdelkrim Ragoun n’est pas le premier ambassadeur marocain envoyé à Constantinople. Il s’inscrit dans une série de missions diplomatiques menées par Mohammed III pour consolider les relations avec l’Empire ottoman. Parmi ses prédécesseurs, on compte Hadj El Khiyat (1761), Tahar Ben Abdesslam Slaoui et Tahar Bennani Rbati (vers 1765), tous chargés de renforcer les liens entre les deux cours.

Ces échanges diplomatiques s’inscrivent dans un contexte plus large de rivalités régionales, où le Maroc et l’Empire ottoman cherchent à préserver leur influence face à la montée en puissance de la Russie et des puissances européennes. La mission d’Abdelkrim Ragoun illustre ainsi une stratégie de solidarité islamique, tout en servant les intérêts stratégiques des deux empires.

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