Les prochaines élections générales en Suède, prévues ce dimanche, cristallisent un débat majeur sur la politique étrangère du pays, notamment concernant le conflit israélo-palestinien. Alors que la Suède a été le premier État membre de l'Union européenne à reconnaître la Palestine en 2014, cette position historique est aujourd'hui ouvertement remise en question par certains courants politiques.
Une fracture diplomatique entre les blocs
Le paysage politique suédois est divisé en deux blocs aux visions divergentes. Le bloc de droite, composé des Modérés, des Chrétiens-démocrates, des Libéraux et des Démocrates de Suède, affiche des positions hétérogènes mais marquées par une influence croissante des courants pro-israéliens. À l'inverse, le bloc de gauche, mené par les Sociaux-démocrates, prône une approche plus traditionnelle, bien que nuancée, en faveur du soutien humanitaire et du renforcement des institutions internationales comme l'UNRWA.
L'influence des Démocrates de Suède
Le parti d'extrême droite, les Démocrates de Suède, occupe une place centrale dans les enjeux de cette élection. En cas de victoire de la coalition de droite, ce parti, qui soutient le gouvernement actuel depuis 2022, pourrait obtenir des portefeuilles ministériels clés. Leur programme inclut explicitement la révocation de la reconnaissance de l'État de Palestine et le transfert de l'ambassade suédoise à Jérusalem. Des analystes soulignent que, le gouvernement ayant la prérogative sur la politique étrangère, une telle bascule pourrait s'opérer sans nécessiter de vote parlementaire.
Les enjeux humanitaires et institutionnels
La question du financement de l'aide aux populations palestiniennes reste un point de friction majeur. Le gouvernement sortant a suspendu puis réorienté ses financements, contournant l'UNRWA au profit d'autres canaux humanitaires. Si le bloc de gauche accède au pouvoir, des figures de l'opposition, notamment au sein du Parti de gauche, plaident pour un rétablissement complet des aides, un boycott commercial des produits issus des colonies israéliennes et un soutien accru aux instances judiciaires internationales, dont la Cour pénale internationale.
Un héritage historique sous tension
La relation de la Suède avec le Proche-Orient est marquée par une longue tradition de médiation, initiée dès 1948 avec le comte Folke Bernadotte, premier médiateur de l'ONU pour la Palestine. Cette posture de facilitateur, qui a permis par le passé des dialogues historiques comme ceux entre Yasser Arafat et des délégations américaines, est aujourd'hui mise à l'épreuve par une polarisation interne croissante. Le résultat du scrutin de dimanche déterminera si Stockholm choisit de maintenir son rôle de médiateur ou d'opérer un virage diplomatique radical.