Le scrutin législatif du 23 septembre 2026 mobilise plus de 15,8 millions d’électeurs inscrits pour 395 sièges à la Chambre des représentants. Au-delà de la compétition entre 27 partis, l’enjeu majeur réside dans la capacité du système à regagner la confiance d’une jeunesse confrontée à un chômage record.
Campagne électorale et cadre constitutionnel
La campagne a démarré le 10 septembre sous le régime constitutionnel de 2011, qui définit le Maroc comme une monarchie constitutionnelle, démocratique et parlementaire. L’article 47 prévoit que le roi nomme le chef du gouvernement à partir du parti arrivé en tête des élections, tout en conservant la présidence du Conseil des ministres. Ainsi, remporter le plus grand nombre de sièges reste crucial pour former le gouvernement, même si le résultat parlementaire ne détermine pas à lui seul la répartition du pouvoir.
Jeunesse marocaine : désengagement ou recherche d’alternatives ?
Une enquête Afrobarometer de mars indique que seulement un tiers des 18‑35 ans font confiance au Parlement, au chef du gouvernement et aux partis. Les jeunes sont toutefois plus actifs sur les réseaux sociaux et plus présents dans les manifestations. Sur le registre électoral, les 18‑24 ans ne représentent que 4 % des inscrits contre 29 % des 60 ans et plus, ce qui montre une base électorale vieillissante. Le FMI estime le chômage à 13 % en 2025, mais il atteint 37,3 % chez les 15‑24 ans, avec 25,2 % de jeunes ni en emploi, ni en éducation, ni en formation (NEET) au troisième trimestre 2025.
Promesses d’emploi et pouvoir d’achat des partis en lice
Les trois partis du gouvernement depuis 2021 – le Rassemblement national des indépendants (RNI), le Parti authenticité et modernité (PAM) et Istiqlal – placent l’emploi et le pouvoir d’achat au cœur de leurs programmes 2026‑2031. Le RNI promet un million d’emplois et une hausse progressive du salaire minimum à 5 000 dirhams mensuels. Le PAM vise également un million d’emplois avec un budget de 350 milliards de dirhams. Istiqlal mise sur le pouvoir d’achat, les services publics, la santé, le logement, l’eau et la sécurité alimentaire. Le Parti de la justice et du développement (PJD), qui cherche à rebondir après une chute de 125 à 13 sièges en 2021, propose 467 mesures axées sur les réformes institutionnelles, l’emploi, les services publics et le pouvoir d’achat, sans objectifs chiffrés ambitieux.
Contexte économique : croissance versus création d’emplois
Le FMI relève une croissance du PIB réel de 4,9 % en 2025 et prévoit 4,4 % en 2026, mais la dynamique n’a pas suffi à absorber les jeunes au chômage. En juillet, près de 60 000 Marocains ont traversé la ville espagnole autonome de Ceuta, un mouvement lié à la détresse économique, aux rumeurs sur les tribunaux espagnols et aux aspirations migratoires, illustrant la frustration économique qui dépasse le cadre électoral. La capacité du futur gouvernement à transformer la croissance en emplois productifs et à améliorer le niveau de vie constitue le véritable test de légitimité du système politique marocain.