L’Organisation météorologique mondiale (OMM) et l’ONU tirent la sonnette d’alarme : le phénomène El Niño en cours pourrait atteindre une intensité historique, aggravant les risques de catastrophes climatiques extrêmes d’ici 2027. Avec une probabilité quasi certaine de persistance jusqu’à février 2027, ce « Super El Niño » menace de perturber les équilibres météorologiques mondiaux, les chaînes d’approvisionnement et les économies, alors que le réchauffement climatique amplifie déjà ses effets.
Un phénomène cyclique devenu monstrueux
El Niño, phénomène naturel récurrent tous les deux à sept ans, se caractérise par un réchauffement anormal des eaux de surface dans l’océan Pacifique équatorial. Cette année, son intensité est qualifiée de « très forte » par l’OMM, avec des températures océaniques exceptionnelles qui pourraient en faire le plus puissant jamais observé. Les experts évoquent même un « El Niño Godzilla » ou un « Super El Niño », un terme réservé aux événements les plus extrêmes.
Les conséquences sont déjà visibles : sécheresses en Amérique centrale, Caraïbes, Australie et Océanie, tandis que des pluies diluviennes et des inondations frappent l’Amérique du Sud, l’Afrique de l’Ouest et le sud des États-Unis. L’Indonésie, par exemple, subit des incendies dévastateurs en raison du manque de précipitations, tandis que plusieurs pays d’Amérique centrale ont déclaré l’état d’urgence sécheresse.
Un choc climatique amplifié par le réchauffement global
António Guterres, secrétaire général de l’ONU, met en garde : « El Niño va jeter de l’huile sur le feu dans un monde déjà en plein réchauffement. Les impacts seront plus durs, plus étendus et traverseront les frontières à une vitesse dévastatrice. » L’ONU appelle à traiter ce phénomène comme une « alerte climatique urgente », soulignant que ses effets s’ajoutent à ceux du changement climatique, créant une combinaison potentiellement explosive.
Les prévisions de l’OMM indiquent une probabilité « exceptionnellement élevée, à près de 100 % », que ce El Niño persiste jusqu’en février 2027. Un scénario qui laisse craindre des perturbations durables des systèmes météorologiques, avec des répercussions en cascade sur les populations, les écosystèmes et les économies.
Des répercussions économiques immédiates
Les perturbations climatiques liées à El Niño pèsent déjà sur les marchés agricoles et les chaînes d’approvisionnement mondiales. Les sécheresses et inondations affectent la production de denrées essentielles comme le café, le riz, le blé ou le sucre, dont les prix fluctuent à la hausse. Par exemple, le prix du riz a augmenté de 20 % depuis juin, tandis que les cours du café sont sous tension en raison des conditions climatiques au Brésil et au Vietnam, deux grands producteurs.
Le phénomène perturbe également une artère majeure du commerce mondial : le canal de Panama. Avec 5 % du trafic maritime mondial transitant par cette voie, la sécheresse actuelle a déjà réduit son débit, entraînant des ralentissements logistiques. Ces goulots d’étranglement pourraient s’aggraver si El Niño s’intensifie, pesant sur les coûts des importations et des exportations pour de nombreux pays, dont la France.
Un défi pour les politiques et les sociétés
Face à l’ampleur de la crise, les gouvernements et les organisations internationales sont appelés à renforcer leurs mécanismes de prévention et d’adaptation. Les experts soulignent l’urgence de préparer les systèmes agricoles, les infrastructures et les populations à des événements climatiques de plus en plus violents. En Afrique de l’Ouest, par exemple, les pluies intenses pourraient aggraver les risques d’inondations et de maladies liées à l’eau, tandis que les sécheresses en Amérique centrale menacent la sécurité alimentaire de millions de personnes.
Alors que le pic d’El Niño est attendu pour la fin de l’année, les prochains mois seront décisifs pour évaluer l’ampleur des dégâts et ajuster les réponses politiques et économiques. Une chose est sûre : ce phénomène, déjà exceptionnel, pourrait redéfinir les priorités climatiques mondiales pour les années à venir.