Dans son dernier ouvrage intitulé El Menfi (Le banni), publié aux éditions Casbah, la journaliste et écrivaine Meriem Guemache met en lumière une page sombre et méconnue de l'histoire coloniale algérienne. À travers une fiction ancrée dans des faits historiques rigoureusement documentés, l'auteure retrace le calvaire des Algériens déportés en Nouvelle-Calédonie au XIXe siècle, après les insurrections de 1871.
Un récit ancré dans la réalité du bagne
Le roman suit le parcours de Slimane, un jeune homme de 24 ans originaire de Bordj Bou Arreridj, condamné aux travaux forcés pour s'être opposé à l'expropriation de ses terres. À travers ce personnage, Meriem Guemache illustre la déshumanisation subie par ces hommes, réduits à de simples numéros d'écrou. Le récit détaille la traversée cauchemardesque vers le Pacifique, marquée par la malnutrition, les maladies et la cruauté des conditions de transport, avant d'aborder la survie quotidienne dans le bagne de l'île Nou.
Un travail de recherche historique approfondi
Pour construire ce récit, l'auteure a consacré deux années à un minutieux travail de documentation. Elle s'est appuyée sur les travaux de chercheurs algériens, les témoignages de descendants de déportés et les écrits des Communards français, également exilés sur l'archipel à la même époque. Cette immersion lui a permis de reconstituer avec précision le contexte géographique, climatique et administratif de cette déportation, tout en distinguant les réalités vécues par les chefs politiques et les condamnés de droit commun.
Le devoir de mémoire comme moteur littéraire
Au-delà de la fiction, Meriem Guemache porte une ambition mémorielle forte : celle de faire connaître ce pan de l'histoire au grand public et, idéalement, de l'intégrer aux programmes scolaires. Le roman explore les questions complexes de l'identité, de la transmission culturelle et de la survie psychologique face au déracinement. En intégrant des références culturelles comme la chanson populaire El Menfi, l'ouvrage résonne comme un hommage aux familles brisées et aux hommes dont les vies ont été sacrifiées par le système colonial, tout en rappelant l'importance de préserver la mémoire de ces bannis de l'Histoire.