El Hadji Malick Sy : quand l’islam sénégalais a embrassé la science pour combattre les épidémies coloniales

Par Rédaction KUMBA 2 min de lecture 21 lectures
El Hadji Malick Sy : quand l’islam sénégalais a embrassé la science pour combattre les épidémies coloniales

El Hadji Malick Sy, guide religieux de Tivaouane, a fait de l’ouverture aux connaissances modernes un pilier de son action, notamment lors des crises sanitaires de la première moitié du XXᵉ siècle. En prônant la médecine préventive et l’éducation, il a montré que foi islamique et progrès scientifique pouvaient se renforcer mutuellement pour protéger la population.

Foi et progrès : une articulation volontaire

Selon le chercheur El Hadji Samba Diallo, doctorant à l’EHESS, Sy refusait de placer tradition musulmane et avancées européennes en opposition. Il estimait que les découvertes – du télégraphe à la médecine moderne – pouvaient être mises au service de l’intérêt général sans renier l’identité musulmane. Cette position s’est traduite par une recommandation explicite d’apprendre dans les écoles françaises, que ce soit en ville ou dans les villages reculés.

Manuel de médecine préventive pendant les épidémies

Face aux flambées de peste en 1914 et 1916, puis à la grippe espagnole entre 1917 et 1919, Sy a rédigé un traité de médecine préventive. Il y exhortait la communauté à signaler les maladies, à respecter les quarantaines, à éviter les eaux stagnantes et à suivre scrupuleusement les consignes des médecins. Dans un contexte de surveillance accrue des marabouts et de répression coloniale sous le gouverneur William Ponty, ce manifeste constituait une réponse concrète aux exigences sanitaires imposées par l’administration.

Conséquences locales : le quartier de Guet‑Ndar

Mouhamadou Mounirou Sy, professeur de droit public à l’Université de Thiès, souligne que l’intervention de Maodo a permis d’épargner le quartier de Guet‑Ndar d’une décision coloniale de brûler les habitations pour stopper la peste. Le refus catégorique des habitants de se faire vacciner aurait pu entraîner une mesure draconienne, mais la diffusion du savoir médical de Sy a limité la propagation du fléau.

Un héritage débattu par les historiens

Les travaux de Myron Echenberg, Joe Lunn et Liora Bigon confirment le soutien de Sy aux politiques sanitaires coloniales, tout en distinguant son engagement d’une quelconque approbation du projet colonial. Le professeur Bakary Sambe, du Centre d’études religieuses de l’Université Gaston Berger, décrit l’érudition de Sy comme « qui ne se referme jamais sur elle-même », insistant sur la continuité entre rigueur du savoir et utilité sociale. Pour Diallo, l’héritage de Sy constitue une référence majeure pour comprendre comment l’islam peut dialoguer avec le temps du monde et mobiliser la connaissance au service du vivant.

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