L'envoyé spécial présidentiel pour les réparations, Ekwow Spio-Garbrah, a formulé une proposition novatrice visant à transformer une partie de la dette bilatérale des pays africains et caribéens en investissements stratégiques. Ce mécanisme ne se veut pas une simple mesure d'allègement financier, mais une reconnaissance concrète des séquelles économiques laissées par l'esclavage et la période coloniale.
Un levier pour le développement structurel
Présentée lors de la 10e conférence annuelle du GITFiC, cette initiative propose de réorienter les fonds initialement destinés au service de la dette vers des secteurs prioritaires. Les investissements cibleraient prioritairement l'éducation, la santé, le renforcement des compétences, la restauration du patrimoine culturel ainsi que le développement des capacités industrielles. Selon les représentants de l'envoyé spécial, cette conversion constitue un acte de reconnaissance historique plutôt qu'une forme de charité ou de remise de dette classique.
L'exigence de la gouvernance interne
Le projet insiste sur un point crucial : la quête de justice réparatrice à l'échelle internationale est indissociable d'une gestion rigoureuse des ressources au niveau national. Isaac Obed Sarr, responsable des programmes de M. Spio-Garbrah, a souligné que les demandes de réparation seraient fragilisées par la corruption ou la faiblesse des institutions locales. L'efficacité de ce mécanisme repose donc sur une transparence financière exemplaire, condition sine qua non pour convaincre les partenaires internationaux de la viabilité de ces investissements.
Vers une stratégie commune de négociation
Pour passer de l'étape du plaidoyer à celle de la politique publique, l'envoyé spécial appelle à la création d'un groupe de travail technique conjoint. Cette structure aurait pour mission de définir un cadre opérationnel, d'identifier une transaction pilote et d'harmoniser la position de l'Afrique et des Caraïbes face aux institutions financières internationales. Il est précisé que ce dispositif ne représente pas un règlement définitif des revendications globales en matière de réparations, mais une étape pragmatique visant à lier responsabilité historique et développement économique.