Le groupe gabonais E-Doley Finance, spécialisé dans les solutions financières digitales, a annoncé avoir interjeté appel d’un jugement rendu fin juin 2024 par le Tribunal judiciaire de Paris dans le cadre d’un contentieux l’opposant à BGFIBank. Cette décision marque une nouvelle étape dans un litige aux multiples dimensions, à la fois technique et commercial, qui s’étend sur plusieurs juridictions.
Selon le communiqué d’E-Doley Finance, la fintech conteste point par point l’interprétation du jugement parisien proposée par BGFIBank. La banque s’était félicitée de la décision, estimant qu’elle validait ses positions. Cependant, E-Doley Finance affirme que le Tribunal n’a ni comparé les logiciels en cause ni validé la création de BGFI Mobile par la banque. La fintech souligne que la Cour d’appel de Paris, désormais saisie, « rejugera l’intégralité de l’affaire, en fait et en droit ». Elle rappelle également qu’en 2020, cette même Cour avait déjà estimé que la solution e-Doley Cash avait été conçue par la fintech « avant toute relation avec le groupe bancaire ».
Sur le plan technique, E-Doley Finance avance trois arguments principaux. Elle évoque deux expertises judiciaires ayant conclu à des taux de similitude élevés entre les solutions des deux parties. Selon la fintech, l’annulation de ces expertises en 2021 ne portait pas sur leur contenu, mais sur des pièces jugées « fabriquées pour les besoins de la cause ». Un recours en révision serait en cours. Par ailleurs, l’entreprise met en cause l’origine de BGFI Mobile, pointant des incohérences concernant certains prestataires désignés. Enfin, elle déplore l’absence de production par BGFIBank des documents contractuels et techniques demandés depuis plus de dix-huit mois, malgré des sommations d’huissier réitérées.
Le contentieux ne se limite pas à la France. Il s’étend également à Libreville et à Abidjan, où le litige commercial se poursuit devant la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage (CCJA) de l’OHADA. Selon E-Doley Finance, cette répartition des compétences avait été « fixée dès 2020 par un arrêt définitif et exécutoire au Gabon », une répartition que la banque n’a jamais contestée. La fintech mentionne également une décision de la Cour d’appel judiciaire de Libreville en date du 18 mars 2026, qui aurait retenu « qu’une opération de nature commerciale avait bien réuni les parties », un point présenté comme définitif.
Ce communiqué intervient dans un contexte où BGFIBank a récemment introduit son groupe en bourse. E-Doley Finance appelle à « un débat loyal, sur des pièces authentiques et vérifiables, produites par toutes les parties ». De son côté, BGFIBank n’a pas souhaité commenter ni le droit de réponse ni le communiqué d’E-Doley Finance.
Ce litige illustre les tensions croissantes entre acteurs traditionnels et fintechs en Afrique, où les questions de propriété intellectuelle et de concurrence dans le secteur financier numérique restent des enjeux majeurs. La résolution de ce contentieux pourrait avoir des répercussions sur l’écosystème des solutions financières digitales en Afrique centrale et de l’Ouest.