En 2024, la région de Drâa-Tafilalet enregistre une dégradation marquée de son tissu économique et social. La création d’entreprises s’effondre, les liquidations judiciaires se multiplient, et les salaires restent majoritairement inférieurs au seuil de 4 000 dirhams, révélant une précarité endémique sur le marché du travail.
Un tissu entrepreneurial en déclin et une précarité salariale persistante
La dynamique entrepreneuriale de Drâa-Tafilalet a connu un net recul en 2024. Le nombre de créations d’entreprises a chuté de 22,6 % sur un an, passant sous la barre des 2 200 unités, tandis que les procédures de liquidation judiciaire ont progressé de 5,4 %, confirmant une fragilité structurelle des entreprises locales. Cette tendance s’inscrit dans un contexte où les rémunérations restent largement concentrées dans les bas salaires : plus de 92 % des salariés perçoivent moins de 4 000 dirhams par mois, un niveau proche du salaire minimum légal. La part des salariés gagnant moins de 4 000 dirhams a certes reculé de 1,1 point par rapport à 2023, mais elle reste écrasante, avec plus de la moitié des effectifs (56,9 %) touchant le salaire minimum. À l’autre extrémité de l’échelle, les salaires supérieurs à 20 000 dirhams ne concernent que 0,1 % des salariés, illustrant une polarisation extrême des revenus.
Le secteur de la construction, qui domine l’économie régionale avec 28,7 % des entreprises et 43,2 % des emplois déclarés, illustre cette dualité. Bien qu’il ait enregistré une légère hausse de 2,5 % de ses effectifs, il reste un pilier de l’emploi précaire, avec des salaires majoritairement bas. Les autres activités de services, en revanche, affichent une progression notable de leur masse salariale (+40,5 %), mais leur poids dans l’économie locale reste marginal. Les TPME, qui emploient 95,1 % des salariés déclarés, confirment leur rôle central dans l’économie régionale, même si leur part a légèrement diminué. Les grandes entreprises, bien que minoritaires (4,9 % des salariés), enregistrent la plus forte croissance de leurs effectifs (+41,4 %), signe d’une concentration progressive du marché du travail.
Des perspectives économiques incertaines malgré des signaux positifs
Malgré un léger rebond de l’emploi déclaré (+2,7 % en 2024, contre +3,8 % en 2023), la région peine à inverser la tendance. La masse salariale globale a progressé de 9,5 %, portée par des secteurs comme les services spécialisés ou l’hébergement-restauration, mais cette amélioration reste inégale et insuffisante pour réduire significativement la précarité. La construction, premier employeur, continue de peser lourdement sur la structure salariale, avec près de 39 % de la masse salariale régionale, malgré des conditions de travail souvent difficiles.
Les défis à relever sont multiples : relancer l’entrepreneuriat local, diversifier les secteurs porteurs et améliorer les rémunérations pour réduire l’écart avec le coût de la vie. Les politiques publiques devront cibler à la fois la création d’emplois stables et la formation des travailleurs pour répondre aux besoins d’une économie en mutation. Dans un contexte national marqué par des tensions sociales et une inflation persistante, la situation de Drâa-Tafilalet rappelle l’urgence d’une stratégie régionale intégrée, combinant soutien aux entreprises et protection sociale renforcée.