Une balade de 19,5 km à travers l’histoire et les écosystèmes franciliens, où chaque pas révèle un patrimoine méconnu.
La forêt de Montmorency, un écosystème en mutation face au réchauffement
La douzième étape de la Ceinture verte d’Île-de-France, reliant Groslay à Taverny, plonge les randonneurs au cœur de la forêt de Montmorency, l’une des plus vastes d’Île-de-France avec ses 12 km de long sur 4 km de large. Ce massif, autrefois dominé par les châtaigniers, subit une transformation silencieuse pour s’adapter au changement climatique. Les agents de l’Office national des forêts (ONF) y remplacent progressivement les châtaigniers, vulnérables à l’encre du châtaignier, par des chênes sessiles et des alisiers, plus résistants aux étés caniculaires. Un drone survole régulièrement les zones de replantation pour suivre l’avancée des travaux.
Un patrimoine historique entre Moyen Âge et dissuasion nucléaire
Le parcours croise des lieux chargés d’histoire, comme le château de la Chasse à Montmorency, construit au XIIe siècle et aujourd’hui siège de l’ONF. Ce pavillon fortifié, jadis lieu de garnison et de chasse sous le roi Jean le Bon, fut aussi un refuge pour Jean-Jacques Rousseau, qui y écrivit une partie de son œuvre avant de fuir la police de Louis XV. Plus loin, la clairière du « camp de César » abrite un secret bien moins ancien : l’un des deux postes de commandement de la dissuasion nucléaire française, créé sous de Gaulle. Un bunker souterrain, capable d’accueillir le président en cas de crise, est dissimulé sous les frondaisons, rappelant que ce cadre bucolique cache une réalité stratégique.
Taverny, entre traditions viticoles et mémoire des guerres de Religion
En quittant la forêt, la randonnée aboutit à Taverny, où les vignes communales de sauvignon, pinot noir et chardonnay célèbrent chaque année les vendanges fin septembre. L’église Notre-Dame-de-l’Assomption, dont le retable témoigne du mécénat du connétable Anne de Montmorency – mort lors de la bataille de Saint-Denis en 1567 –, rappelle aussi les violences des guerres de Religion. Aujourd’hui, ces cépages, héritiers d’une tradition viticole disparue entre 1850 et 1950, symbolisent la résilience d’un terroir face à l’urbanisation.
Un itinéraire à la croisée des enjeux écologiques et culturels
Cette étape illustre la dualité des espaces naturels franciliens : à la fois réservoirs de biodiversité et supports de mémoire collective. La Ceinture verte, sentier de 500 km en projet, ambitionne de relier les parcs et forêts de la région, offrant une réponse aux défis environnementaux tout en valorisant un patrimoine souvent ignoré. Pour les marcheurs, l’occasion est unique de découvrir, entre deux pas, comment l’histoire et l’écologie s’entrelacent dans un même paysage.