Le fortin allemand de Doumé, édifié entre 1909 et 1911, serait le théâtre d’une exécution collective de dix chefs de la résistance Maka en juin 1910, selon des historiens qui évoquent la présence d’une guillotine sur le site. Cette découverte alimente le débat sur le lourd héritage colonial allemand au Cameroun.
Un édifice militaire au cœur d’une histoire sanglante
Construit sous l’égide de l’administration allemande du Kamerun, le fort de Doumé se dresse aujourd’hui comme un bâtiment de briques ocre, surmonté d’une plaque de cuivre indiquant les dates de construction (1909‑1911). À proximité, une petite maison abandonnée, dépouillée de ses portes et fenêtres, témoigne de l’abandon du patrimoine colonial. Le fort, initialement destiné à consolider la présence allemande dans l’est du pays, aurait servi de lieu d’exécution pour réprimer la résistance locale.
La guillotine supposée et les exécutions de 1910
Des recherches menées par des historiens spécialisés dans le Kamerun allemand suggèrent qu’une guillotine aurait été installée dans le fort pour décapiter dix chefs de la résistance Maka en juin 1910. Aucun document officiel ne confirme l’existence de l’appareil, mais les témoignages oraux et certaines archives locales décrivent des corps décapités et des têtes exposées comme avertissement. Cette méthode d’exécution, rare en Afrique à l’époque, souligne la brutalité de la politique de terreur employée par les autorités coloniales pour étouffer les mouvements anti‑allemands.
Retours symboliques et enjeux de mémoire
En juillet 2026, six crânes de chefs Maka exécutés en 1905 ont été rapatriés de l’université de Fribourg vers le Cameroun, marquant le premier geste officiel de restitution. Ce retour s’inscrit dans une série d’initiatives visant à réexaminer le passé colonial allemand, intitulée « Les fantômes du Kamerun allemand ». Le cas de Doumé, avec sa possible guillotine, représente un point noir que les chercheurs souhaitent éclaircir afin d’alimenter le débat public sur la reconnaissance des crimes coloniaux et les réparations éventuelles.
Perspectives pour la recherche et la commémoration
Les historiens appellent à une enquête archéologique et documentaire approfondie du site de Doumé. Une telle démarche permettrait de confirmer ou d’infirmer la présence de la guillotine et de documenter les modalités exactes des exécutions. Au-delà de la dimension académique, la mise en lumière de ces faits pourrait soutenir des projets de mémorialisation, offrir une reconnaissance officielle aux descendants des victimes et enrichir le dialogue entre le Cameroun et l’Allemagne sur le passé colonial.