Le dramaturge et écrivain rwandais Dorcy Rugamba revient sur le passé de son pays avec le roman « Les enfants gâtés de Butare », publié aux éditions JC Lattès. À travers la figure d’un cinéaste qui revisite chaque année la ville universitaire, l’auteur offre un tableau vivant de la jeunesse rwandaise avant le génocide de 1994, rappelant l’importance de la mémoire au-delà de la tragédie.
Un récit de fiction qui ancre le Rwanda d’avant 1994
Après le succès de son essai « Hewa Rwanda », Rugamba choisit la forme romanesque pour explorer une période souvent éclipsée par le souvenir du génocide. Le livre se situe à Butare, aujourd’hui connue sous le nom de Huye, alors centre intellectuel du pays, où les universités, les cafés et les cercles d’amis formaient un micro‑cosme d’espoir et d’insouciance. En s’appuyant sur des personnages fictifs, l’auteur ne cherche pas à réécrire l’histoire, mais à restituer la texture quotidienne d’une génération qui a vu son monde anéanti.
Binwa, le cinéaste qui revit chaque été la ville universitaire
Le protagoniste, Binwa, est un réalisateur qui revient chaque été à Butare pour y tourner des courts‑métrages. À travers ses yeux, le lecteur découvre les amitiés intenses, les premiers amours et les débats politiques qui animaient les campus. Ces scènes, décrites avec une précision sensorielle – les marchés colorés, les discussions sous les arbres du campus, les soirées improvisées – permettent de saisir la vitalité d’une jeunesse qui, quelques années plus tard, serait confrontée à la violence la plus brutale de l’histoire rwandaise.
Mémoire et responsabilité : la littérature comme témoin
Rugamba insiste sur le rôle de la fiction dans la construction d’une mémoire collective. Selon lui, raconter uniquement la catastrophe laisse un vide sur ce qui a été perdu : les rêves, les projets, les liens sociaux. En reconstituer les fragments, le roman participe à une forme de guérison, offrant aux survivants et aux nouvelles générations un repère sur ce qui a été détruit. Cette approche rejoint les initiatives de commémoration rwandaises qui, depuis les années 2000, encouragent la narration plurielle des événements.
De la scène locale à la visibilité internationale
La sortie du livre s’accompagne d’une interview de Rugamba sur le « Journal de l’Afrique » de France 24, où il a expliqué son choix de la fiction et l’importance de rendre compte de la vie quotidienne d’avant le génocide. Cette visibilité médiatique contribue à placer la littérature rwandaise au cœur des débats culturels africains, tout en offrant aux lecteurs hors du continent une porte d’entrée vers une compréhension plus nuancée de l’histoire du pays.