Donald Duke, ancien gouverneur de l'État de Cross River et candidat à la présidentielle, dresse un constat sévère sur les 27 années de gouvernance civile au Nigeria. Selon lui, le pays traverse une crise de légitimité profonde où les institutions peinent à répondre aux besoins fondamentaux des citoyens, alimentant un désenchantement croissant au sein de la population.
Un bilan socio-économique en stagnation
Pour Donald Duke, le retour à la démocratie en 1999 n'a pas produit les dividendes escomptés. L'ancien responsable souligne une dégradation continue des indicateurs sociaux, notamment dans les secteurs de l'éducation et de la santé. Il pointe du doigt l'incapacité persistante de l'État à résoudre des problèmes structurels anciens, tels que l'accès à l'électricité et le chômage. Cette stagnation, couplée à un coût de gouvernance jugé exorbitant, conduit l'ancien gouverneur à affirmer que les citoyens nigérians étaient, sur certains aspects, mieux lotis sous les régimes militaires précédents.
L'érosion des contre-pouvoirs institutionnels
Le diagnostic de Donald Duke porte également sur la fragilité des mécanismes de contrôle démocratique. Il dénonce une absence de séparation réelle des pouvoirs, affirmant que le législatif et le judiciaire ont abdiqué leur rôle de contre-pouvoir face à l'exécutif. À titre d'exemple, il cite la rapidité avec laquelle le changement d'hymne national a été adopté par l'Assemblée nationale, sans débat approfondi, illustrant selon lui une soumission des élus aux directives présidentielles plutôt qu'une défense des intérêts publics.
La crise de confiance et le rôle de l'élite
Au cœur de cette analyse figure la remise en cause de la sincérité des scrutins. Duke soutient que lorsque les résultats électoraux ne reflètent pas la volonté des électeurs, la responsabilité des élus envers la population s'effrite. Ce sentiment que « le vote ne compte pas » nourrit une désaffection civique majeure. Par ailleurs, il interpelle l'élite nigériane, qu'il accuse d'avoir déserté le champ politique, laissant la gestion des affaires publiques à des acteurs pour qui la politique est devenue une occupation lucrative plutôt qu'une vocation au service du bien commun.
Un risque pour la stabilité sociale
L'ancien candidat à la présidentielle met en garde contre les conséquences à long terme de cet écart grandissant entre les dirigeants et les citoyens. Il évoque une menace réelle pour la stabilité sociale, rappelant que la précarité extrême d'une large partie de la population, face à une élite déconnectée, crée un terreau fertile pour des tensions incontrôlables. Pour Duke, le Nigeria dispose pourtant des ressources humaines et matérielles nécessaires pour transformer son destin, rendant cet échec politique d'autant plus regrettable.