L'ancien gouverneur de l'État de Cross River, Donald Duke, dresse un constat alarmant sur la trajectoire économique du Nigeria. Selon lui, le pays souffre d'une absence de croissance réelle depuis quatre décennies, une situation qui alimente directement la pauvreté, l'insécurité et les tensions sociales au sein de la nation.
Une stagnation budgétaire face au défi démographique
Le cœur de l'analyse de Donald Duke repose sur une comparaison frappante : le budget fédéral nigérian, exprimé en dollars, stagne autour des 25 milliards de dollars, un niveau similaire à celui observé sous l'administration de Shehu Shagari entre 1979 et 1983. Or, durant cette même période, la population du pays est passée de 76 millions à environ 230 millions d'habitants. Pour l'ancien candidat à la présidence, cette inadéquation entre l'évolution démographique et les capacités productives de l'État signifie que l'économie nigériane a, en termes réels, régressé.
Critique de la priorisation des infrastructures
Donald Duke a également remis en question la pertinence économique du projet d'autoroute côtière Lagos-Calabar. Tout en reconnaissant qu'il pourrait personnellement bénéficier de cette infrastructure, il s'interroge sur l'opportunité d'un tel investissement alors que le pays fait face à des besoins sociaux criants. Il pointe notamment le nombre record d'enfants non scolarisés et l'état des infrastructures routières existantes, comme la route Est-Ouest, qui devraient, selon lui, constituer des priorités budgétaires bien plus urgentes pour stimuler la productivité nationale.
Le lien entre précarité et repli identitaire
L'ancien gouverneur soutient que les divisions ethniques et religieuses au Nigeria ne sont pas des fatalités culturelles, mais des conséquences directes de la rareté des ressources. Lorsque l'État échoue à créer un environnement productif et sécurisé, les citoyens se tournent vers leurs affiliations communautaires pour tenter d'accéder à des opportunités limitées. Pour Duke, la solution réside dans une vision nationale claire axée sur la productivité des citoyens : si l'accès aux services de base et à l'emploi était garanti par une gestion publique efficace, les clivages identitaires perdraient leur fonction de recours stratégique.
L'impératif d'une vision économique cohérente
En conclusion, Donald Duke appelle à une refonte de la gouvernance économique. Il déplore l'absence de stratégie à long terme, affirmant que le pays agit souvent au gré des urgences immédiates sans réelle planification. La mission première de l'État, insiste-t-il, doit être de créer les conditions nécessaires pour que chaque Nigérian puisse contribuer à la richesse nationale, transformant ainsi le potentiel démographique du pays en un levier de développement plutôt qu'en un facteur de vulnérabilité sociale.