Le documentaire israélien NAZA, qui expose l’utilisation de systèmes d’intelligence artificielle pour cibler les civils à Gaza, a reçu une ovation debout de 25 minutes lors de sa première au Festival de Venise. Réalisé par Yuval Abraham et Rachel Szor, le film s’appuie sur des témoignages anonymes de militaires et de services de renseignement israéliens. Il vise à alerter les gouvernements occidentaux sur les pratiques de ciblage et à encourager une pression internationale.
Une enquête de trois ans sur le système de ciblage « Lavender »
Le long-métrage, fruit d’une investigation quasi‑triannuelle, s’appuie sur les récits de personnels de l’armée et du renseignement qui ont accepté de parler sous anonymat. Leurs voix et leurs visages ont été modifiés numériquement, et les entretiens ont été filmés de nuit sur les toits de Tel‑Aviv. Selon leurs déclarations, le programme « Lavender » exploitait le réseau de télécommunications de Gaza – appels, déplacements et interactions – pour identifier des cibles présumées, fonctionnant « comme une usine » ou, pour certains, « comme un jeu vidéo », à distance et avec une prétendue facilité.
Réactions du public et des critiques internationales
La projection a déclenché une standing ovation de 25 minutes, signe d’une émotion forte parmi le public vénitien. La presse spécialisée a qualifié le film d’« urgent, gut‑punch » (Screen International) et d’une source d’indignation et de dégoût profond envers le régime israélien (The Hollywood Reporter). NAZA était le seul documentaire en compétition cette année, suivant le précédent succès de « The Voice of Hind Rajab », qui avait reçu une ovation de 23 minutes l’an passé.
Objectifs du film et appel à l’action politique
Les réalisateurs ont déclaré que le but était d’inciter les États occidentaux à cesser leur soutien à Israël et à envisager des sanctions. « Ceux qui luttent pour le changement à l’intérieur d’Israël et de la Palestine ont besoin de ce soutien », a affirmé Abraham à l’AFP, soulignant que l’inaction affaiblit les défenseurs des droits humains et d’une solution politique. Le film conclut que les pertes civiles à Gaza ne sont pas un « effet secondaire tragique » mais un acte prémédité et calculé.
Contexte du conflit et chiffres humanitaires
Depuis le lancement de l’offensive israélienne en octobre 2023, le ministère de la Santé de Gaza estime à 73 500 le nombre de Palestiniens tués et à 174 500 le nombre de blessés. L’accès des journalistes étrangers à la bande de Gaza reste strictement contrôlé par l’armée israélienne, limitant la couverture directe du conflit.