Dix ans après le meurtre sauvage de Romain Bollon et Magalie Chaigneau sur l'île de Sainte-Marie à Madagascar, l'affaire demeure une plaie ouverte pour les familles des victimes. Malgré des condamnations à perpétuité prononcées en 2023, aucun des suspects n'a été incarcéré, soulevant des questions critiques sur l'efficacité de la coopération judiciaire internationale.
Une instruction marquée par des zones d'ombre
Le 21 août 2016, les corps des deux jeunes écovolontaires, venus protéger les baleines à bosse, étaient retrouvés sur une plage de l'île. L'enquête initiale a rapidement divergé vers deux pistes opposées : celle d'un moniteur de plongée français, dont la culpabilité n'a jamais été étayée par des preuves matérielles, et celle d'un groupe de piroguiers locaux dont les témoignages contradictoires ont fragilisé le dossier. Cette absence de certitudes sur le déroulement des faits a alimenté, au fil des années, des interprétations divergentes sur les motivations réelles des agresseurs.
Le paradoxe d'une justice inappliquée
En juillet 2023, la cour d'assises de Toamasina a condamné par contumace le moniteur de plongée et trois piroguiers à la réclusion criminelle à perpétuité. Cependant, cette décision de justice est restée lettre morte. Les condamnés n'ont jamais été arrêtés, et l'un des suspects aurait même trouvé la mort dans un lynchage populaire après d'autres crimes. Cette situation, où des individus reconnus coupables par une juridiction demeurent en liberté, nourrit un profond sentiment d'injustice et d'abandon chez les proches des victimes.
L'appel à une intervention diplomatique et judiciaire
Face à cette impasse, Me Félix Allary, avocat de la famille Bollon, a saisi la chancellerie française pour exiger une action concrète. L'objectif est de contraindre les autorités malgaches à appliquer les peines prononcées, en s'appuyant sur la convention d'entraide judiciaire bilatérale datant de 1973. À défaut d'une exécution effective des condamnations sur le sol malgache, la famille demande l'ouverture d'un procès en France. Cette démarche vise à briser le cycle de l'impunité qui, selon les plaignants, entrave le travail de deuil et questionne la fiabilité des institutions judiciaires locales face aux crimes violents.