Disparition d’un géant de la poésie marocaine : Mohamed Serghini s’éteint à 96 ans

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 33 lectures
Disparition d’un géant de la poésie marocaine : Mohamed Serghini s’éteint à 96 ans

Une page de l’histoire littéraire marocaine et arabe se tourne. Mohamed Serghini, écrivain, poète et critique de renom, s’est éteint vendredi à l’âge de 96 ans, après une longue maladie. Son décès prive le monde des lettres d’une voix majeure, dont l’œuvre a marqué plusieurs générations d’auteurs et de chercheurs.

Les faits essentiels

Né à Fès en 1930, Mohamed Serghini laisse derrière lui un héritage littéraire et intellectuel exceptionnel. Formé à l’Université Al Quaraouiyine, puis à l’Université de Bagdad où il obtient une licence ès lettres en 1959, il parachève son parcours académique par un doctorat d’État à la Sorbonne en 1985. Son œuvre, à la croisée de la poésie, de la critique, de la traduction et de la philosophie, inclut des recueils primés, des études sémiotiques et des traductions marquantes, comme celle de la poétique de Salah Stita.

Parmi ses réalisations les plus emblématiques figurent le recueil de poésie Tahta Al-Anqadh, Faouqa Al-Anqadh (Sous les ruines, au-dessus des ruines), récompensé par le Prix du Maroc du Livre en poésie, ainsi que le roman Je t’ai trouvé dans cet archipel (1992) et la pièce de théâtre La chanson du train fantôme (1986). Son engagement pour une poésie moderne, nourrie de soufisme et d’audace formelle, lui a valu le Prix international de poésie Argana en 2004.

Pourquoi c'est important

Mohamed Serghini incarnait une synthèse rare entre tradition et modernité. Son parcours, à la fois académique et créatif, a profondément influencé la poésie marocaine et arabe contemporaine. En tant qu’enseignant à la Faculté des lettres de Fès, puis vice-doyen, il a formé des générations d’étudiants et de chercheurs, contribuant à structurer une école critique marocaine. Son œuvre, à la fois exigeante et accessible, a ouvert des voies nouvelles pour l’expression poétique, en intégrant des influences soufies et des expérimentations formelles.

Son décès rappelle l’importance des figures intellectuelles dans la transmission des savoirs et la construction d’une mémoire culturelle. Serghini n’était pas seulement un poète : il était un passeur, un critique et un penseur dont l’influence dépasse les frontières du Maroc. Son héritage littéraire et pédagogique reste un pilier pour les générations futures.

Ce qu'il faut surveiller

La disparition de Mohamed Serghini soulève des questions sur la pérennité de son héritage. Comment ses œuvres et ses méthodes d’enseignement seront-elles perpétuées dans les universités marocaines et arabes ? Son influence sur la poésie contemporaine, déjà significative, pourrait-elle inspirer de nouvelles générations d’auteurs à explorer des formes hybrides entre tradition et modernité ?

Par ailleurs, la reconnaissance de son travail, notamment à travers des prix comme l’Argana, invite à s’interroger sur la place accordée aux auteurs engagés dans le renouvellement des formes littéraires. Son parcours académique international, de Bagdad à Paris, pourrait également servir de référence pour les jeunes chercheurs en quête de formation pluridisciplinaire.

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