Dafroza Gauthier, figure emblématique de la quête de justice pour les victimes du génocide des Tutsi au Rwanda, est décédée à l'âge de 72 ans. Avec son époux Alain Gauthier, elle a inlassablement œuvré pendant trois décennies pour traquer les auteurs présumés du génocide réfugiés en France, faisant de la lutte contre l'impunité le combat de sa vie.
Un engagement citoyen pour la justice
En 2001, le couple Gauthier cofonde le Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR). Cette structure est devenue, au fil des ans, le moteur principal des poursuites judiciaires engagées en France contre des individus suspectés d'avoir pris part au génocide de 1994, qui a causé la mort de plus de 800 000 personnes. Souvent comparés aux chasseurs de nazis Beate et Serge Klarsfeld, les époux Gauthier ont réussi à porter devant les tribunaux une grande partie des dossiers concernant des suspects installés sur le territoire français.
Le basculement d'une vie après le drame
Pour Dafroza Mukarumongi-Gauthier, ancienne ingénieure chimiste, cet engagement était profondément ancré dans une tragédie personnelle. Le 8 avril 1994, sa mère est assassinée dans une paroisse rwandaise, marquant le début d'une série de pertes familiales dévastatrices. Au total, ce sont entre 70 et 80 membres de sa famille maternelle qui ont été exterminés durant ces mois de violence. Ce traumatisme a nourri une détermination sans faille : celle de documenter l'horreur en sillonnant les collines rwandaises pour recueillir les témoignages des survivants, des prisonniers et des anciens tueurs.
La réparation morale comme moteur
Au-delà de la simple condamnation pénale, Dafroza Gauthier concevait la justice comme un outil indispensable à la reconstruction des victimes. Elle soulignait régulièrement que les procès permettaient de sortir de l'oubli, de réhabiliter la mémoire des disparus et d'offrir une réparation morale essentielle. Son travail a également mis en lumière les failles et la complaisance dont ont pu bénéficier certains génocidaires sur le sol français pendant des années, en raison des relations diplomatiques complexes entre Paris et le régime de Juvénal Habyarimana à l'époque des faits.