Le monde de la culture yoruba est en deuil suite au décès, à l'âge de 84 ans, d'Alabi Ogundepo. Maître incontesté du Ijala, une forme de poésie orale traditionnelle, cet artiste originaire de Saki a consacré plus de six décennies à la préservation et à la transmission de l'histoire et des valeurs de son peuple.
Un pilier de la tradition orale reconnu par l'UNESCO
Le Ijala, traditionnellement associé aux chasseurs et au culte d'Ogun, dépasse le simple cadre rituel pour devenir un vecteur de narration historique, de satire sociale et de sagesse proverbiale. Alabi Ogundepo s'était imposé comme l'un des praticiens les plus éminents de cet art, une expertise reconnue par l'UNESCO dans le cadre de ses travaux de documentation du patrimoine immatériel. Son parcours, débuté dès l'enfance par l'observation de ses aînés, a fait de lui un maillon essentiel entre les traditions ancestrales et les nouvelles générations.
La modernisation d'un art ancestral
L'une des contributions majeures d'Ogundepo réside dans sa capacité à extraire le Ijala de son contexte strictement traditionnel pour l'adapter aux médias modernes. Dès les années 1970, il a investi la radio et la télévision, notamment à travers Radio Oyo et la NTA Ibadan, où il animait des programmes comme Akiika. Par ses enregistrements, il a permis d'archiver des pans entiers de la culture yoruba, tout en utilisant son art pour des causes citoyennes, telles que des campagnes de sensibilisation à la sécurité routière.
Un objet d'étude pour la recherche académique
Au-delà de sa carrière artistique, Alabi Ogundepo était une figure intellectuelle respectée. Ses œuvres, dont l'album Ọ̀rọ̀ Obìnrin Ìwòyí (1977), ont fait l'objet d'analyses universitaires rigoureuses, notamment par le biais de publications de l'International African Institute. Les chercheurs soulignent son rôle crucial dans la survie des formes artistiques indigènes face à l'évolution des modes de divertissement contemporains. En intégrant des thématiques sociales et des réflexions sur le genre dans ses poèmes, il a démontré la vitalité et la capacité d'adaptation de la poésie orale face aux mutations de la société.
Une perte pour le patrimoine nigérian
L'annonce de sa disparition a suscité une vive émotion, notamment auprès des autorités traditionnelles, dont l'Okere de Sakiland, qui a salué son engagement indéfectible pour le rayonnement de sa région. Si la famille n'a pas communiqué sur les causes de son décès, elle a tenu à rappeler que l'héritage d'Ogundepo demeure vivant à travers ses écrits et ses enregistrements. Les modalités de ses obsèques seront communiquées ultérieurement, marquant la fin d'une vie dédiée à la dignité et à la promotion de l'identité yoruba.