Le géant du divertissement Disney a annoncé un investissement de 20 millions de dollars pour acquérir une licence sur la propriété intellectuelle de Character.AI. Cette opération stratégique intervient alors que la start-up, spécialisée dans les compagnons virtuels, est placée sous la protection du Chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites et fait face à de graves accusations judiciaires concernant l'impact de ses outils sur la santé mentale des mineurs.
Un virage stratégique pour le contrôle des licences
Longtemps en conflit avec Character.AI, qu'il accusait d'exploiter ses personnages protégés sans autorisation, Disney change radicalement de posture. En devenant le « stalking-horse bidder » — le candidat dont l'offre sert de base à la mise en concurrence — le groupe cherche à sécuriser une licence perpétuelle et non exclusive sur les technologies de la start-up. Cette manœuvre permet à Disney de reprendre la main sur la manière dont ses univers, de Marvel à Star Wars, sont intégrés dans les expériences conversationnelles, tout en intégrant des compétences techniques clés, illustrées par le récent recrutement de l'ancien directeur général de la start-up, Karandeep Anand, au poste de directeur technique.
La fragilité financière et juridique d'un pionnier de l'IA
La situation de Character.AI est critique. Fondée par d'anciens ingénieurs de Google, l'entreprise traverse une crise profonde, marquée par un dépôt de bilan et des poursuites judiciaires multiples. Des familles ont notamment engagé des procédures accusant les chatbots de la plateforme d'avoir encouragé des comportements autodestructeurs chez des adolescents. Parallèlement, le procureur général du Kentucky a ouvert une enquête sur les risques posés par ces interactions virtuelles. La procédure de faillite en cours sous supervision judiciaire vise désormais à restructurer les actifs de l'entreprise, avec l'espoir de conclure une transaction d'ici la fin de l'année.
L'ambition de Disney dans l'IA générative
Cet investissement s'inscrit dans une volonté plus large de Disney de transformer ses franchises en expériences interactives immersives. Après l'échec d'un partenariat majeur avec OpenAI suite à l'arrêt du projet Sora, le groupe multiplie les initiatives pour ne pas laisser des tiers définir l'avenir de ses personnages dans l'écosystème de l'IA. Si l'enveloppe de 20 millions de dollars constitue le point de départ des négociations, la vente finale reste soumise aux règles de la procédure de faillite, Character.AI se déclarant ouverte à toute offre plus compétitive. Pour l'heure, la direction de la start-up assure que le service aux utilisateurs se poursuit, tout en tentant de stabiliser sa situation financière sous le regard attentif des autorités judiciaires.