Diomaye Faye tente une médiation cruciale entre CEDEAO et AES à Bamako

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 23 lectures
Diomaye Faye tente une médiation cruciale entre CEDEAO et AES à Bamako

Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye entame ce mardi une visite diplomatique à Bamako, portant une double casquette : celle de chef d’État du Sénégal et celle de président en exercice de la CEDEAO. Son objectif ? Relancer un dialogue essentiel avec le Mali, membre fondateur de l’Alliance des États du Sahel (AES), dans un contexte de tensions institutionnelles et sécuritaires en Afrique de l’Ouest.

Un contexte régional marqué par la rupture institutionnelle

La visite de Bassirou Diomaye Faye intervient à un moment charnière pour l’Afrique de l’Ouest. Depuis janvier 2025, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont quitté la CEDEAO pour former l’Alliance des États du Sahel (AES), une décision qui a fragilisé l’unité régionale. Pourtant, malgré cette séparation formelle, les liens économiques, sécuritaires et humains entre les deux blocs persistent. La CEDEAO maintient des dispositions transitoires, comme la libre circulation ou la reconnaissance des documents de voyage, tandis que l’AES renforce ses propres structures institutionnelles. Cette dualité crée un équilibre précaire, où la nécessité de coopération coexiste avec des divergences politiques profondes.

Le président sénégalais, élu à la présidence en exercice de la CEDEAO lors du sommet de Freetown en juillet 2026, hérite d’un dossier complexe. Son prédécesseur avait tenté de négocier un retour des trois pays sahéliens, sans succès. Aujourd’hui, Bassirou Diomaye Faye mise sur une approche pragmatique : rétablir un minimum de confiance et définir des mécanismes de coopération, sans exiger un retour immédiat au sein de la CEDEAO. L’enjeu est de taille, car les deux espaces partagent des défis communs, notamment en matière de sécurité et de commerce.

Enjeux économiques et sécuritaires au cœur des discussions

La rencontre entre Bassirou Diomaye Faye et Assimi Goïta s’annonce chargée de symboles et de réalités concrètes. D’abord, parce que le corridor Dakar-Bamako, artère vitale pour le commerce malien, a été perturbé ces derniers mois par des attaques contre des convois. La sécurité des transporteurs et la fluidité des échanges sont devenues une priorité pour les deux pays. Ensuite, parce que la menace terroriste dans le Sahel ne connaît pas de frontières. Le Mali, confronté à une insécurité persistante, partage avec le Sénégal une frontière poreuse où les groupes armés opèrent en toute impunité. Une coordination accrue entre Dakar et Bamako, même en l’absence d’un accord politique global, pourrait permettre d’améliorer la sécurité des populations et des routes commerciales.

Cependant, les obstacles restent nombreux. L’AES, qui revendique son autonomie stratégique, refuse toute ingérence perçue comme une remise en cause de sa souveraineté. De son côté, la CEDEAO cherche à éviter une fragmentation durable de l’Afrique de l’Ouest, tout en évitant de donner l’impression d’imposer une ligne politique. La marge de manœuvre de Bassirou Diomaye Faye réside donc dans sa capacité à proposer un dialogue équilibré, où chaque partie trouve un intérêt sans perdre la face. Une médiation réussie pourrait ouvrir la voie à des négociations plus larges, tandis qu’un échec risquerait d’entériner une division durable entre les deux blocs.

La visite du président sénégalais à Bamako s’inscrit dans une logique de réalisme politique. Sans garantie de succès immédiat, elle envoie un signal fort : celui de la nécessité de maintenir le contact, malgré les divergences. Les prochains jours diront si cette initiative permettra de dégager des pistes concrètes pour une coopération régionale apaisée, ou si elle restera un simple geste diplomatique sans lendemain.

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