Le lancement du parti Kiiraay par le président Bassirou Diomaye Faye suscite des remous au sein même de la majorité. Le député Guy Marius Sagna, figure souverainiste, dénonce un virage politique inquiétant, comparant la démarche à des pratiques autoritaires passées.
Un parti présidentiel critiqué pour son opportunisme
La création de Kiiraay, parti politique fondé par le chef de l’État après son accession au pouvoir, a provoqué une onde de choc dans les rangs de la majorité. Guy Marius Sagna, député et militant souverainiste, y voit une manœuvre politique dangereuse, rappelant que les présidents ayant créé des partis après leur élection étaient souvent issus de coups d’État. Pour lui, cette initiative marque un éloignement flagrant des promesses de rupture avec l’héritage colonial et une dérive vers des pratiques qu’il qualifie de néocoloniales.
Ses critiques s’adressent directement à la ligne politique défendue jusqu’ici par une partie de la majorité, qu’il accuse d’avoir abandonné le « balai souverainiste » au profit d’une « poubelle néocoloniale ». Une métaphore forte pour dénoncer ce qu’il considère comme un renoncement aux idéaux de souveraineté et de transformation sociale portés par le mouvement ayant porté l’alternance en 2024.
Divergences au sein de la majorité et recomposition politique
L’émergence de Kiiraay relance le débat sur la cohésion interne de la majorité présidentielle, notamment parmi les anciens militants et sympathisants de Pastef. Le parti, lancé officiellement, cristallise les tensions entre les différentes sensibilités politiques qui avaient convergé vers l’alternance. Certains y voient une stratégie de consolidation du pouvoir, tandis que d’autres, comme Sagna, y perçoivent une trahison des engagements initiaux.
Cette prise de position s’inscrit dans une série de critiques plus larges sur la gestion du pouvoir par Diomaye Faye, où les questions de souveraineté, de transparence et de continuité des réformes restent au cœur des débats. Le paysage politique sénégalais, déjà marqué par une polarisation accrue, voit ainsi s’ouvrir un nouveau chapitre de recomposition, où les alliances et les ruptures pourraient redéfinir les équilibres à venir.