Au terme de son mandat à la tête de la fonction publique fédérale du Nigeria, Didi Esther Walson-Jack souligne l'impératif d'une transformation portée par les agents eux-mêmes. Loin des modèles imposés par des partenaires extérieurs, cette nouvelle approche mise sur l'appropriation interne des réformes pour garantir leur pérennité et leur efficacité.
Une stratégie axée sur l'appropriation et l'impact
La transformation actuelle de l'administration nigériane repose sur une rupture méthodologique : le passage d'une logique de réformes dictées par des institutions internationales à une dynamique endogène. En identifiant les priorités au sein même du service, l'administration a pu concentrer ses ressources limitées sur des leviers à fort impact. Cette stratégie vise à aligner les soutiens extérieurs sur des besoins réels, identifiés par les fonctionnaires, renforçant ainsi la cohérence et la durabilité des changements entrepris.
Digitalisation et transparence des processus
Le pilier central de cette modernisation est la transition numérique, destinée à réduire l'opacité et l'arbitraire. L'introduction de systèmes de gestion de contenu d'entreprise (ECM) permet désormais une traçabilité électronique des flux de travail, rendant difficile la manipulation ou la rétention injustifiée de dossiers. Parallèlement, le déploiement d'outils comme l'intelligence artificielle « Service-Wise GPT » et la migration vers le cloud souverain « 1-GOV » visent à optimiser la productivité tout en sécurisant les données nationales.
Vers une culture de la performance et de l'intégrité
Au-delà des outils, la réforme s'attaque aux comportements par l'instauration d'un nouveau système de gestion de la performance. L'évaluation annuelle traditionnelle, jugée obsolète, est remplacée par des objectifs mesurables et des contrats de performance. Cette exigence de résultats s'accompagne d'une volonté d'assainir les effectifs : l'audit du personnel, couplé à l'utilisation des numéros d'identification nationaux (NIN et BVN), a permis d'éliminer les travailleurs fictifs et d'ajuster les compétences aux postes occupés.
Amélioration des conditions de vie des agents
La cheffe de la fonction publique insiste sur le fait que la productivité est indissociable du bien-être des agents. Des mesures concrètes ont été déployées, incluant un programme annuel de prêts au logement de 10 milliards de nairas et l'opérationnalisation d'un régime d'indemnisation des employés pour les accidents du travail. Concernant les retraités, un nouveau régime d'indemnités de départ, effectif dès 2026, a été approuvé pour garantir une transition plus digne, bien que l'administration reconnaisse que la résolution complète des retards de paiement reste un chantier en cours.
L'exigence de la méritocratie
Interrogée sur l'évolution des carrières, Didi Esther Walson-Jack rejette l'opposition entre ancienneté et maîtrise numérique. Elle prône un système fondé sur le mérite, où l'expérience institutionnelle doit impérativement s'accompagner de compétences numériques pour les cadres dirigeants. Pour elle, la fonction publique doit devenir un espace où l'intégrité et la capacité à délivrer des services centrés sur le citoyen priment sur les hiérarchies traditionnelles.