Le gouvernement congolais, par la voix de son porte-parole Patrick Muyaya, a réaffirmé la volonté de tenir le prochain dialogue national exclusivement sur le territoire congolais. Cette position, qui écarte l'idée d'une médiation délocalisée, s'inscrit dans une volonté présidentielle de recentrer les débats sur les réalités nationales après une série de consultations provinciales.
Une géographie politique nuancée
Si le discours officiel insiste sur la tenue des assises à Kinshasa pour éviter une « messe à l'étranger », l'historique récent des négociations congolaises montre une réalité plus complexe. Depuis 2013, l'ensemble des processus politiques internes, tels que les concertations nationales ou les dialogues sous l'égide de la CENCO, se sont effectivement déroulés dans la capitale. Toutefois, le président Félix Tshisekedi reconnaît lui-même l'importance historique du Dialogue intercongolais de 2001-2003, tenu hors des frontières, qui avait permis de stabiliser les institutions après des années de conflit.
La distinction entre diplomatie et débat interne
L'argument géographique masque en réalité une structuration thématique des négociations. Le gouvernement maintient une distinction claire : les enjeux interétatiques et la cessation des hostilités avec l'AFC/M23 continuent de faire l'objet de processus diplomatiques actifs à Washington et à Doha, en Suisse. Pour les autorités, ces cadres internationaux sont complémentaires et indispensables, tandis que le dialogue national doit se concentrer sur des questions de gouvernance et de société que seuls les Congolais sont habilités à trancher.
Le défi de la représentativité
Au-delà du lieu, l'enjeu majeur soulevé par le chef de l'État réside dans la proximité avec les populations. Le reproche adressé aux processus passés ne concerne pas leur localisation, mais leur tendance à rester confinés entre acteurs politiques, loin des préoccupations quotidiennes des citoyens. En prévoyant des consultations préalables dans les 26 provinces avant les assises de Kinshasa, le gouvernement tente de répondre à cette exigence de représentativité, tout en gardant la main sur le format des discussions.
Une souveraineté en question
La persistance de discussions politiques à l'étranger, illustrée par la réception récente de dirigeants de l'opposition et de chefs religieux à Bujumbura, souligne la complexité de la crise politique congolaise. Si le gouvernement martèle que le dialogue doit être une affaire congolaise, la multiplication des cadres de négociation, tant internes qu'externes, montre que la résolution de la crise demeure un exercice d'équilibriste entre souveraineté nationale et médiations internationales nécessaires.