Lors d’une audition devant la commission d’enquête parlementaire sur le patrimoine bâti de l’État, l’ancien directeur général de la SOGEPA a déclaré que deux villas du quartier Point E avaient été cédées à Serigne Bassirou Guèye par un bail emphytéotique de 99 ans, à un loyer mensuel de 100 000 FCFA, suite à un ordre du président Macky Sall. Cette révélation relance le débat sur la transparence de la gestion immobilière de l’État et sur les mécanismes de protection contre les conflits d’intérêts.
Attribution des villas à Serigne Bassirou Guèye
Selon Yaya Abdoul Kane, ancien directeur général de la Société nationale de gestion et d’exploitation du patrimoine bâti de l’État (SOGEPA), les deux résidences situées dans le secteur résidentiel très prisé du Point E ont été confiées à l’ancien procureur de la République et ex‑président de l’OFNAC via un bail de 99 ans. Le loyer fixé à 100 000 FCFA par mois est jugé très modeste comparé à la valeur marchande du quartier, ce qui soulève des interrogations quant à la justification économique de l’accord.
Le rôle de la présidence et de la SOGEPA dans les baux emphytéotiques
Kane a affirmé que la décision n’émane pas d’une initiative interne de la SOGEPA mais d’une instruction directe de la présidence, sous l’autorité de Macky Sall. Il a ajouté que les villas concernées n’étaient même pas répertoriées dans le registre officiel du patrimoine de l’État, ce qui rend leur cession inhabituelle. Dans le passé, la SOGEPA a mené une campagne de récupération de biens cédés sous forme de baux à des particuliers dans plusieurs quartiers de Dakar, dont le Point E, Mermoz, Fann Résidence et la cité Fayçal, afin de vérifier la conformité des contrats avec la législation en vigueur.
Contexte de la commission d’enquête parlementaire
L’audition s’inscrit dans le cadre d’une remise à plat du patrimoine immobilier de l’État, initiée après des soupçons de pratiques irrégulières sous l’ancien régime. La commission, composée de députés, examine notamment les contrats emphytéotiques signés avant 2022, afin de déterminer s’ils respectaient les normes légales et les principes de bonne gouvernance. À ce jour, ni Serigne Bassirou Guèye, ni l’ancien président Macky Sall n’ont commenté les allégations.
Implications pour la lutte contre la corruption et la gestion du patrimoine public
Le fait que l’ancien chef de l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption soit lui‑même visé par une enquête sur l’attribution de biens publics revêt une importance symbolique. Si les faits sont avérés, ils pourraient mettre en lumière des failles dans le processus décisionnel de la présidence et dans le contrôle exercé par la SOGEPA. La commission devra établir si le bail de 99 ans constitue une cession déguisée, en violation des règles de gestion du patrimoine public, et proposer d’éventuelles mesures correctives pour renforcer la transparence et prévenir de futurs conflits d’intérêts.