Dette souveraine : pourquoi la nouvelle plateforme des emprunteurs peine à mobiliser les États africains

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 42 lectures
Dette souveraine : pourquoi la nouvelle plateforme des emprunteurs peine à mobiliser les États africains

Face à un système financier international jugé déséquilibré, une nouvelle initiative, la « Plateforme des emprunteurs », tente de renforcer le poids des pays en développement dans les négociations sur la dette. Malgré l'urgence de la situation, seuls neuf pays, dont cinq nations africaines, ont officiellement rejoint ce mécanisme soutenu par la CNUCED.

Une faible adhésion malgré l'urgence

La Plateforme des emprunteurs, lancée en avril dernier, vise à coordonner les positions des États endettés pour améliorer la gestion de leurs passifs et harmoniser leurs stratégies face aux créanciers. Si l'Égypte assure la présidence intérimaire, aux côtés du Pakistan en tant que vice-président, le nombre limité d'adhérents — incluant la République centrafricaine, le Ghana, Madagascar et le Soudan pour le continent — interroge. Penelope Hawkins, responsable à la CNUCED, exhorte désormais la société civile africaine à interpeller ses gouvernements sur les freins qui empêchent une adhésion plus massive à cet outil de négociation collective.

Transformer la position commune en stratégie d'action

L'enjeu dépasse la simple adhésion technique. En février, les chefs d'État de l'Union africaine ont adopté la « Position commune africaine sur la dette » (CAP). Le défi actuel, souligné lors de la sixième Conférence africaine sur la dette et le développement à Nairobi, est de convertir cet accord politique en une stratégie opérationnelle. Les experts rappellent que les pays africains, en négociant individuellement, se retrouvent dans une position de faiblesse structurelle face aux institutions financières internationales, où le pouvoir de vote reste concentré entre les mains des économies développées.

Le coût social d'une dette insoutenable

L'impact de la dette sur les services publics est devenu critique. À titre d'exemple, les données présentées lors des échanges montrent qu'en Zambie, environ 71 % du budget national est absorbé par le service de la dette, ne laissant que 11 % pour les dépenses sociales et d'investissement. Cette situation, couplée à des coûts d'emprunt nettement supérieurs à ceux des pays développés, limite drastiquement la capacité des États à financer la santé, l'éducation et la transition climatique. Les intervenants ont insisté sur la nécessité de rendre publics les accords de restructuration avant leur conclusion pour permettre un contrôle parlementaire et citoyen.

Renforcer la surveillance citoyenne et parlementaire

Au-delà des instances internationales, la question de la redevabilité nationale reste centrale. Au Kenya, des voix s'élèvent pour souligner que le cadre constitutionnel existe, mais que son application fait défaut. Des parlementaires et représentants de la société civile plaident pour une meilleure éducation politique des citoyens, afin que le suivi de la dette devienne une priorité électorale. L'idée est de passer d'une gestion opaque à une transparence totale, où l'audit public des emprunts permettrait de s'assurer que les fonds servent réellement au développement et non au simple remboursement d'intérêts, tout en encourageant une industrialisation locale pour réduire la dépendance aux capitaux extérieurs.

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