À la veille du déplacement du président Bassirou Diomaye Faye à Washington, la stratégie financière du Sénégal fait l'objet d'une mise en garde de l'ancien ministre de l'Économie, Abdourahmane Sarr. Ce dernier appelle l'exécutif et l'Assemblée nationale à une concertation urgente pour définir une position claire vis-à-vis du Fonds monétaire international (FMI) et éviter une restructuration prématurée de la dette nationale.
Les ambiguïtés du cadre d'analyse du FMI
Abdourahmane Sarr pointe du doigt une contradiction majeure dans les récentes communications du FMI. Si l'institution évoque la nécessité de restaurer la soutenabilité des finances publiques, l'ancien ministre souligne que cela ne signifie pas mécaniquement que la dette sénégalaise est insoutenable. Il rappelle que le cadre d'analyse actuel du FMI, conçu pour les pays à faible revenu, est en cours de réforme et ne reflète plus la réalité d'un pays ayant accès aux marchés financiers. Selon lui, une démonstration technique rigoureuse est indispensable avant d'envisager toute restructuration, une démarche qui ne peut être imposée par le Fonds mais doit résulter d'un choix souverain.
Risques sur les marchés et notation financière
L'ancien ministre alerte sur les conséquences immédiates des annonces gouvernementales concernant le recours au « Cadre commun » de restructuration. Il affirme que ces déclarations ont déjà pesé négativement sur la perception du Sénégal par les agences de notation et les investisseurs. Dans ce contexte, il préconise de maintenir le cap sur le marché régional, qui a prouvé sa capacité à couvrir une part significative des besoins de financement du pays en francs CFA. Il insiste sur la nécessité de ne pas interrompre les plans de financement prévus pour la fin de l'année 2024.
Préserver la souveraineté financière de l'UEMOA
Au-delà de la technicité budgétaire, le débat porte sur la souveraineté financière du Sénégal au sein de l'espace UEMOA. Abdourahmane Sarr met en garde contre le risque de voir le pays servir de « cas test » pour une transition forcée vers une restructuration, au détriment d'une stratégie de refinancement sur le marché régional. Il exhorte le président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko à harmoniser leur vision pour protéger les marges de manœuvre du pays. L'objectif, selon lui, doit rester le renforcement du marché régional et la consolidation d'une autonomie financière durable, plutôt que de céder à des mesures dont les effets pourraient durablement entraver la trajectoire économique nationale.