Dette publique au Sénégal : pourquoi l'annulation des engagements non déclarés est une option risquée

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 2 lectures
Dette publique au Sénégal : pourquoi l'annulation des engagements non déclarés est une option risquée

La gestion des finances publiques au Sénégal fait face à un défi majeur suite à la révélation d'un stock de dette non déclarée dépassant les estimations initiales. Si l'idée d'une annulation de ces engagements circule, l'analyse de l'économiste Mor Thiam met en garde contre les conséquences systémiques d'une telle décision, préconisant une approche institutionnelle plutôt qu'un défaut unilatéral.

Une révision à la hausse du passif national

Le débat a pris une ampleur nouvelle après la publication du rapport de la Cour des comptes en février 2025, révélant un encours de dette de 18 558,91 milliards de F Cfa à fin 2023. Ce chiffre a été ultérieurement révisé par le ministère de l'Économie, des Finances et du Plan en juillet 2026, portant le stock à 20 773 milliards de F Cfa, soit environ 112 % du PIB. Cette augmentation substantielle résulte principalement de défaillances dans le reporting, la comptabilisation et la définition du périmètre de la dette.

Les périls d'un défaut unilatéral

L'annulation des dettes non déclarées comporte des risques financiers et juridiques considérables. Selon l'analyse, une telle mesure exposerait l'État à des contentieux judiciaires complexes et à une rupture de financement sur les marchés extérieurs. Plus grave encore, une restructuration imposée des titres locaux pourrait fragiliser la stabilité financière de l'ensemble de la zone UEMOA. Bien que juridiquement envisageable pour certains emprunts bancaires contractés sans autorisation parlementaire, le gain financier espéré, estimé entre 2 et 3,5 % du stock de la dette, semble dérisoire face à la perte de crédibilité internationale que cela engendrerait.

Vers une régularisation institutionnelle

Plutôt que la confrontation, l'expert suggère de privilégier des leviers de réforme structurelle. La priorité est donnée à la transparence, notamment par la publication du rapport Forvis Mazars et la création d'un registre unique de la dette incluant le secteur parapublic. L'audit citoyen des passifs est présenté comme un outil stratégique pour négocier avec les créanciers, en favorisant des solutions consensuelles comme le reprofilage de la dette ou le rachat de titres à prix décoté.

Renforcer le cadre juridique

Pour éviter la récurrence de ces irrégularités, la note souligne la nécessité de clarifier la chaîne d'autorisation des emprunts et de réviser la loi organique relative aux lois de finances (LOLF). L'enjeu est de sécuriser les mécanismes de contrôle et d'engager la responsabilité individuelle des acteurs en cas de faute avérée. Cette approche vise à restaurer la sincérité des comptes publics tout en préservant la signature de l'État sur les marchés financiers.

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