Les marchés financiers et la presse internationale tirent la sonnette d'alarme sur la trajectoire budgétaire de la France, désormais considérée comme le principal point de fragilité de la zone euro. Déficit proche de 5% du PIB, dette dépassant 117% du PIB et taux d'emprunt à dix ans au plus haut depuis 2008 placent l'Hexagone en mauvaise posture avant l'examen du budget 2027 et l'élection présidentielle.
Des indicateurs financiers au plus mauvais niveau depuis 2008
La deuxième économie de la zone euro emprunte désormais à plus de 4,20% sur les marchés à dix ans, un niveau inédit depuis la crise financière mondiale. Le spread avec l'Allemagne avoisine 85 points de base et ne cesse de se creuser depuis 2024. La charge de la dette devrait atteindre 77 milliards d'euros en 2026 et pourrait grimper jusqu'à 120 milliards d'euros d'ici 2030 selon la Cour des comptes, un fardeau qui dépasse désormais le budget de l'Éducation nationale.
La France « plus risquée » que l'Italie et la Grèce aux yeux des marchés
Les taux français sont devenus supérieurs à ceux de la Grèce ou de l'Italie, situation jugée impensable il y a quelques années encore. Pour les investisseurs obligataires, ce n'est pas tant le volume de la dette que sa trajectoire qui compte. Plusieurs analystes interrogés par le Financial Times, le Wall Street Journal ou CNBC confirment que la France a remplacé l'Italie comme « principale source d'inquiétude » en Europe. Selon Rohan Khanna, stratège taux chez Barclays, « si vous demandez à n'importe quel acteur des marchés quel est le maillon faible de l'Europe, la plupart pointeront du doigt la France ».
Une gestion budgétaire critiquée par toute la presse européenne
Le Financial Times évoque une « situation budgétaire catastrophique », le Wall Street Journal un « avenir très sombre » et CNBC une dette qui « se distingue » dans le contexte mondial. En Allemagne, Web.de parle d'une « bombe à retardement » et le Süddeutsche Zeitung avertit qu'une crise française « pourrait menacer la stabilité du système financier de la zone euro ». La presse italienne, elle, savoure l'inversion des rôles : Il Giornale se félicite que « l'Italie n'est plus le problème, c'est la France de Macron », tandis que Libero affirme que Paris « est devenu un cauchemar pour les investisseurs ».
Budget 2027 et présidentielle : peu d'espoir de redressement
Les investisseurs doutent de la capacité du pays à engager un véritable assainissement, la réforme des retraites étant de facto suspendue jusqu'après la présidentielle et le Parlement étant profondément fragmenté. Selon plusieurs observateurs, aucun candidat en tête des sondages ne paraît disposé à mener une consolidation budgétaire significative en pleine campagne. Une crise de la dette « n'est pas certaine », mais « peut-être » à venir, prévient John Stopford de Ninety One, dans un contexte où la combinaison de risques politiques, économiques et financiers place la France dans une « situation particulièrement critique ».