La créatrice de contenu sénégalaise R. Diaw, connue sous le pseudonyme « Ramz Yago », a été placée sous mandat de dépôt par le procureur Saliou Dicko, alors même que la plaignante avait retiré sa plainte. Cette décision, prise par le tribunal de grande instance de Pikine‑Guédiawaye à la suite d’une saisine de la Division spéciale de cybersécurité, relance le débat sur les limites de la liberté d’expression sur les réseaux sociaux au Sénégal.
Mandat de dépôt maintenu malgré le désistement de la plaignante
Le vendredi précédant la publication du jugement, la Division spéciale de cybersécurité (DSC) a présenté le dossier de Ramz Yago devant le tribunal de grande instance de Pikine‑Guédiawaye. Le procureur Saliou Dicko a alors ordonné son placement en détention, invoquant les dispositions relatives aux « discours contraires aux bonnes mœurs » et aux « injures publiques ». Cette mesure a été prise alors que la personne à l’origine de la plainte avait officiellement retiré sa plainte, ce qui rend la décision judiciaire inhabituelle et suscite des interrogations quant à la procédure appliquée.
Accusations retenues : bonnes mœurs et injures publiques
Les chefs d’accusation retenus contre la TikTokeuse portent sur la diffusion de contenus jugés contraires aux bonnes mœurs ainsi que sur des propos considérés comme des injures publiques. Le texte de la loi sénégalaise prévoit des sanctions pour les propos jugés offensants ou immoraux, mais la définition de ces notions reste souvent sujette à interprétation. Dans le cas de Ramz Yago, les autorités estiment que les vidéos publiées sur la plateforme TikTok dépassent les limites fixées par la législation, justifiant ainsi le recours à la détention préventive.
Un groupe de créatrices en détention et le calendrier judiciaire
Ramz Yago rejoint trois autres influenceuses déjà incarcérées : Rox la Chancelière, Jessica et Narou. Les quatre femmes sont attendues devant la justice la semaine prochaine, à moins qu’un renvoi de leur procès ne soit prononcé. Cette concentration de cas met en lumière la stratégie du parquet sénégalais qui cible plusieurs créatrices de contenu simultanément, renforçant la perception d’une campagne de répression du secteur numérique.
Enjeux pour la régulation du contenu en ligne au Sénégal
Cette affaire illustre les tensions entre les autorités chargées de la cybersécurité et les créateurs de contenus numériques. D’une part, l’État cherche à encadrer les discours jugés nuisibles à l’ordre public ; d’autre part, les influenceurs et les défenseurs des droits numériques dénoncent une atteinte à la liberté d’expression. Le maintien du mandat de dépôt, malgré le retrait de la plainte, pourrait créer un précédent juridique qui incite les autorités à recourir à la détention préventive même en l’absence de plainte formelle, ce qui soulèvera probablement des débats au sein de la société civile et des instances judiciaires sénégalaises.