Une pratique controversée émerge en Europe : des millions d’ouvrages, protégés par le droit d’auteur, seraient broyés pour alimenter les bases de données des intelligences artificielles. Le projet Panama, révélé en août 2024, interroge sur les limites de l’exploitation des contenus culturels par les géants du numérique.
Des ouvrages transformés en données sans consentement
Selon des informations relayées dans les médias français, des bibliothèques et éditeurs européens auraient cédé des stocks entiers de livres à des entreprises spécialisées dans l’entraînement des IA. Ces ouvrages, souvent issus de fonds anciens ou de collections épuisées, sont broyés pour en extraire le texte, puis intégrés à des bases de données massives. Une méthode qui, bien que légale dans certains cadres, soulève des questions éthiques majeures : les auteurs et ayants droit ont-ils été informés ? Leurs droits d’auteur sont-ils respectés ?
Un enjeu culturel et économique pour l’Afrique
Si le projet Panama concerne principalement l’Europe, ses répercussions pourraient toucher l’ensemble du continent africain. Les œuvres africaines, souvent sous-représentées dans les corpus numériques, risquent d’être encore plus marginalisées si leur exploitation n’est pas encadrée. Par ailleurs, la question des rémunérations pour les créateurs africains, dont les livres pourraient être utilisés sans compensation, devient cruciale. Des voix s’élèvent déjà pour exiger un cadre juridique strict, garantissant une juste rémunération et le respect des droits moraux.
Vers une régulation européenne et internationale ?
Face à ce scandale, des associations de bibliothécaires, d’éditeurs et d’auteurs appellent à une régulation urgente. En France, des députés ont déjà interpellé le gouvernement sur la nécessité de protéger les œuvres du domaine public et les créations contemporaines. Une proposition de loi pourrait être déposée pour encadrer l’utilisation des livres dans l’entraînement des IA, en imposant des licences obligatoires ou des mécanismes de compensation financière. À l’échelle internationale, l’UNESCO et l’OMPI pourraient jouer un rôle clé pour établir des normes communes, évitant ainsi une exploitation abusive des contenus culturels.
Les alternatives pour une IA éthique
Face à cette polémique, des initiatives émergent pour promouvoir une intelligence artificielle plus respectueuse des droits d’auteur. Certains acteurs du numérique proposent désormais des bases de données ouvertes, composées d’œuvres libres de droits ou sous licence Creative Commons. D’autres appellent à la création de fonds dédiés, alimentés par les géants de la tech, pour compenser les auteurs dont les œuvres sont utilisées. Une piste qui pourrait inspirer l’Afrique, où la protection des droits culturels reste un défi majeur.