Réunis à Lagos lors du programme « Young Global Leaders », des personnalités influentes du continent ont lancé un appel pressant à la jeunesse africaine. L'enjeu est clair : passer du statut de simple fournisseur de ressources à celui de bâtisseur d'institutions et d'entreprises capables de peser sur la scène mondiale.
Reprendre le contrôle du récit et des institutions
Amina Mohammed, vice-secrétaire générale des Nations Unies, a souligné que la lutte pour l'influence africaine est avant tout une bataille pour le pouvoir et la capacité à définir sa propre histoire. Selon elle, les Africains ne doivent plus se contenter d'un siège aux tables de décision internationales, mais chercher à détenir « la plume » pour rédiger eux-mêmes les politiques mondiales. Elle a insisté sur la nécessité de renforcer la coordination stratégique et de ne pas laisser le continent décrocher dans des domaines cruciaux comme l'intelligence artificielle.
La nécessité d'une capacité productive industrielle
Pour le professeur Benedict Oramah, président d'Afreximbank, le succès de projets comme la raffinerie Dangote dépasse le cadre industriel : il s'agit d'une victoire psychologique qui prouve la capacité africaine à concevoir des infrastructures de classe mondiale. Toutefois, il a mis en garde contre la dépendance aux « exemples exceptionnels ». Le continent doit, selon lui, systématiser sa capacité de production et encourager les banques commerciales à adopter un modèle de « banque de développement » pour soutenir les investissements productifs à long terme.
Créer un environnement favorable aux entrepreneurs
Le ministre nigérian des Finances, Taiwo Oyedele, a reconnu que le poids des perceptions négatives — qu'il qualifie de « taxe sur la narration » — freine l'investissement. Il estime que le rôle des gouvernements est désormais de simplifier l'écosystème réglementaire pour que les entrepreneurs n'aient plus à surmonter des obstacles insurmontables pour réussir. Cette vision est partagée par Jean Guy Afrika, du Rwanda Development Board, qui plaide pour la fin de la dépendance aux parcours individuels héroïques au profit de systèmes institutionnels prévisibles et protecteurs des contrats.
L'impératif d'une action concrète
En clôture de cet événement, Aliko Dangote a exhorté les participants à transformer leurs ambitions en institutions durables. L'objectif de cette rencontre, soutenue par la Fondation Aliko Dangote, est de démontrer que l'excellence africaine n'est pas une exception, mais une ambition réalisable. Les intervenants ont conclu sur une note de responsabilité collective : la construction d'une « nouvelle Afrique » dépendra de la capacité de cette génération à passer de l'idée à l'exécution concrète, avec persévérance et audace.