Six reporters du collectif d’investigation Matsadaash ont été incarcérés à la suite d’accusations de terrorisme, tout en affirmant avoir subi des mauvais traitements. Face à ces détentions, leurs collègues prévoient une manifestation à Caire ce week‑end pour dénoncer la répression de la presse indépendante.
Arrestations et accusations de terrorisme contre les journalistes de Matsadaash
Les autorités égyptiennes ont appréhendé Abdallah Qadri, Mohamed Ashraf Abu Emeira, Mohamed Adel, Islam Barakat, Mohamed Mahmoud et Omar Helal, tous membres du projet de vérification factuelle Matsadaash. Selon un communiqué officiel, ils seraient « non autorisés » et auraient diffusé de fausses informations au profit de la Fraternité musulmane, organisation interdite. Les arrestations ont eu lieu à domicile ou dans la rue, menées par des agents en civil. Un premier dossier a été présenté le dimanche, les cinq autres le mercredi suivant.
Allégations de torture et réponses officielles
Les six journalistes ont déclaré à leurs avocats avoir été aveuglés, menottés pendant plusieurs jours, battus, dépouillés et soumis à des chocs électriques, ainsi qu’à des menaces contre leurs proches. Ils affirment avoir été contraints de lire des confessions factices devant des équipes de tournage. Le ministère de l’Intérieur a rejeté ces accusations, les qualifiant d’infondées et d’une tentative d’échapper aux charges. De son côté, la poursuite publique a indiqué que des examens médico‑légaux n’avaient révélé aucune trace de violence sur trois des détenus qui avaient signalé des mauvais traitements.
Organisation d’une protestation et mobilisation du syndicat
Hadeer El‑Mahdawy, journaliste membre du comité d’organisation, a exprimé « l’horreur » ressentie face aux révélations de torture et a appelé à une mobilisation collective. Le syndicat des journalistes égyptiens, représenté par Lobna Darwish, assure la défense juridique des six détenus et soutient la manifestation prévue ce week‑end à Caire. Darwish a souligné que les journalistes ont été contraints de répéter des lectures de leurs prétendues confessions devant des caméras professionnelles, renforçant le caractère coercitif des interrogatoires.
Contexte plus large de la répression médiatique en Égypte
Ces arrestations s’inscrivent dans une escalade continue de la pression exercée par le gouvernement sur les médias indépendants, où les salaires restent bas et la sécurité de l’emploi précaire. Le cas de la journaliste Rasha Azab, libérée sous caution mais poursuivie pour un post critiquant le ministère de l’Intérieur, illustre la portée étendue de la répression, avec onze plaintes similaires déposées dans plusieurs gouvernorats. Les organisations de défense des droits humains et les observateurs internationaux surveillent de près ces développements, qui menacent la liberté d’expression et la pluralité de l’information en Égypte.