Face à la montée en puissance des résistances aux insecticides conventionnels, des chercheurs burkinabè ont présenté une solution innovante issue de la pharmacopée locale. Ce projet, porté par l'université Joseph KI-Zerbo, propose un bio-insecticide à base de feuilles de Calotropis procera pour neutraliser les vecteurs du paludisme et de la dengue avant leur stade adulte.
Une innovation issue de la recherche locale
Le projet, soutenu par le Fonds de soutien à l'éducation et à la recherche (FOSER), a mobilisé une expertise pluridisciplinaire durant trois ans et demi. Des spécialistes en chimie, pharmacologie, toxicologie et entomologie ont collaboré pour transformer les extraits de Calotropis procera en une solution efficace. L'étude a permis de caractériser précisément l'activité larvicide de la plante sur les moustiques Aedes aegypti et Anopheles gambiae, responsables respectifs de la dengue et du paludisme au Burkina Faso.
Des comprimés pour cibler les gîtes larvaires
L'aboutissement technique de ces travaux est la création d'un bio-insecticide sous forme de comprimés matriciels. Ce format permet une application ciblée dans les gîtes larvaires, là où les moustiques se reproduisent. Selon les résultats des tests présentés, cette formulation affiche un taux d'élimination des larves compris entre 80 et 90 %. L'enjeu est ici de briser le cycle de transmission des maladies en intervenant en amont, avant que les insectes ne deviennent des vecteurs actifs.
Le défi de la production et de l'accessibilité
La dimension « made in Burkina » est au cœur de cette initiative, tant par l'utilisation de matières premières locales que par le savoir-faire mobilisé. Toutefois, le passage de la phase de recherche à une utilisation à grande échelle reste le défi majeur. La coordination du projet, assurée par la professeure Hermine Zimé Diawara, insiste sur la nécessité d'un accompagnement des autorités publiques. Cet appui est jugé indispensable pour optimiser les coûts de production et garantir une large diffusion du produit auprès des populations les plus exposées.
Vers une valorisation scientifique
La clôture officielle du projet à Ziniaré a permis de dresser un bilan des acquis et de définir les prochaines étapes. Au-delà de la validation technique, les chercheurs envisagent désormais des perspectives de valorisation industrielle et scientifique. L'objectif final demeure la contribution concrète à la lutte contre ces deux endémies qui pèsent lourdement sur le système de santé burkinabè, en misant sur une prévention durable et accessible.