Le prix Nobel de la paix, Denis Mukwege, a vivement critiqué la paralysie de l'enseignement supérieur dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu. Il dénonce une convergence de décisions entre les groupes armés et le gouvernement central, qualifiant la suspension des activités académiques de ligne rouge inacceptable pour l'avenir de la jeunesse.
Une double pression sur le système éducatif
La situation dans l'Est de la RDC est marquée par deux décisions contradictoires mais aux conséquences convergentes. D'une part, le mouvement AFC/M23 a tenté d'imposer ses propres autorités académiques au sein de dix établissements à Goma et Bukavu, une initiative rejetée par Kinshasa le 10 août 2026. D'autre part, le gouvernement congolais a ordonné, le 20 août, la suspension totale des activités académiques dans onze établissements publics, invoquant des impératifs sécuritaires. Cette mesure bloque de facto les inscriptions, les enseignements et les évaluations pour l'année 2026-2027.
La crainte d'un épistémicide
Pour le docteur Mukwege, ces fermetures s'inscrivent dans un processus plus large d'asphyxie des populations du Kivu, déjà privées d'accès aux services bancaires, aux aéroports et à l'aide humanitaire. Il forge le concept d'« épistémicide » pour qualifier ce qu'il perçoit comme une mise à mort systématique des savoirs et de la capacité de réflexion des générations futures. Selon lui, priver la jeunesse de formation constitue une stratégie corrosive qui compromet durablement le développement intellectuel et social de la région.
Interrogations sur une coordination tacite
La déclaration du prix Nobel soulève une hypothèse préoccupante : celle d'une possible coordination entre Kinshasa et les forces rebelles, sous l'égide d'un plan de partage territorial. Bien que Denis Mukwege précise qu'il s'agit d'une interrogation et non d'un fait établi, cette analyse souligne la méfiance croissante envers la gestion de la crise par les autorités nationales. À ce jour, le gouvernement congolais n'a pas réagi à ces accusations.
Exigences pour la reprise des cours
Face à cette impasse, Denis Mukwege formule quatre recommandations majeures. Il appelle à faire de l'éducation une priorité absolue dans tout processus de résolution de crise et exige la fin de l'instrumentalisation militaire des institutions scolaires et universitaires. Il insiste sur la nécessité d'une reprise sécurisée des cours sur l'ensemble du territoire, rappelant que l'avenir des jeunes ne doit en aucun cas servir de monnaie d'échange dans les calculs politiques ou les ambitions territoriales des différents acteurs en conflit.