Une démonstration nationale organisée par le NPP suscite la polémique au Ghana. L’opposition dénonce une instrumentalisation politique, tandis que le parti au pouvoir accuse le NPP de détourner l’attention d’un anniversaire tragique.
Un contexte politique tendu
Le NPP, parti d’opposition au Ghana, a lancé une série de manifestations à l’échelle nationale sous le thème « Démocratie en danger ». Selon ses dirigeants, ces rassemblements visent à alerter sur des restrictions présumées de la liberté d’expression, des pressions exercées sur les voix de l’opposition et des menaces pesant sur les institutions démocratiques. Cependant, ces revendications sont vivement contestées par le parti au pouvoir, qui y voit une manœuvre calculée pour éclipser le premier anniversaire d’un accident aérien ayant coûté la vie à huit soldats.
Le directeur des communications du parti au pouvoir, Solomon Owusu, a rejeté catégoriquement la légitimité de ces protestations. Intervenant dans une émission matinale, il a affirmé que le NPP « n’avait aucun droit » de descendre dans la rue, qualifiant la mobilisation de « purement politique » et dépourvue de fondement réel. Il a également mis en doute les allégations de répression des opposants, soulignant que le Ghana bénéficiait d’un environnement démocratique stable, où les droits de manifester et de s’exprimer étaient garantis.
M. Owusu a rappelé que le NPP, lorsqu’il était au pouvoir, avait lui-même organisé des manifestations majeures, comme celle intitulée « Sauvez la justice » ou encore « Yɛn Suro Ahunahuna » (« Nous ne craignons pas l’intimidation »), sans subir de restrictions. Ces rassemblements avaient été présentés comme des actes de résistance face à des pressions supposées, une posture que le parti au pouvoir juge aujourd’hui contradictoire avec ses propres critiques actuelles.
Accusations de double discours et enjeux de crédibilité
Outre la question de la légitimité des manifestations, les tensions portent également sur le discours politique. Solomon Owusu a accusé le NPP d’hypocrisie, rappelant que le parti avait, par le passé, utilisé un langage particulièrement virulent à l’encontre de ses adversaires. Il a cité des déclarations passées de figures du NPP, comme celle de Gabby Asare Otchere-Darko en 2002, qui avait qualifié l’ancien président John Evans Atta Mills de « caniche » après les élections de 2000. Une rhétorique que le parti au pouvoir juge incompatible avec les préoccupations actuelles sur le respect des institutions.
Le NPP, de son côté, justifie ses mobilisations par des arrestations récentes de militants, qu’il présente comme des entraves à la liberté d’expression. Cependant, le parti au pouvoir conteste cette version, évoquant des précédents similaires lors de manifestations organisées sous le gouvernement précédent, comme les arrestations de dizaines de manifestants lors des protestations #OccupyJulorBiHouse en 2024. Pour Solomon Owusu, ces éléments démontrent un manque de cohérence dans les revendications du NPP, renforçant l’idée d’une stratégie politique plutôt que d’une préoccupation démocratique sincère.
Alors que le Ghana s’interroge sur l’équilibre entre liberté d’expression et stabilité institutionnelle, cette polémique illustre les divisions persistantes entre le pouvoir et l’opposition. La crédibilité des deux camps est désormais en jeu, dans un contexte où la confiance dans les institutions démocratiques reste un enjeu central pour la population.