La plateforme de streaming musical Deezer s'apprête à déployer, d'ici la fin de l'année 2026, une fonctionnalité permettant aux utilisateurs de bannir les contenus générés par intelligence artificielle de leurs résultats de recherche. Cette initiative répond à une volonté de transparence et de protection de l'écosystème musical face à un volume massif de titres synthétiques.
Un outil de contrôle face au raz-de-marée synthétique
Le service français fait face à une augmentation exponentielle des contenus générés par IA, avec près de 90 000 nouveaux titres synthétiques soumis quotidiennement sur sa plateforme. Si ces morceaux représentent parfois plus de la moitié des entrées journalières, ils ne constituent qu'une part infime des écoutes réelles. Pour répondre à la demande de ses abonnés, Deezer a développé un système de détection propriétaire, actuellement en cours de brevet, capable d'identifier les signatures sonores des outils de génération automatique comme Suno ou Udio. L'interrupteur, qui sera accessible à l'échelle mondiale, permettra aux auditeurs de filtrer instantanément ces contenus, réaffirmant ainsi la place centrale des artistes humains.
Lutter contre la fraude et protéger la rémunération
Au-delà de l'expérience utilisateur, l'enjeu est structurel et financier. Deezer a identifié que 85 % des écoutes de titres générés par IA en 2025 étaient frauduleuses, servant souvent à manipuler les systèmes de streaming. La plateforme a déjà écarté plus de 42 millions de morceaux de ses recommandations et playlists éditoriales depuis janvier 2025. Cette vigilance est cruciale : selon une étude de la Confédération internationale des sociétés d'auteurs et compositeurs (CISAC), le développement non régulé de l'IA pourrait menacer jusqu'à 4 milliards d'euros de revenus pour les créateurs d'ici 2028.
Vers une standardisation de la transparence
Deezer se positionne comme un acteur moteur dans la régulation du secteur. En plus de l'étiquetage systématique des contenus identifiés comme synthétiques — une mesure déjà appliquée à plus de 14 millions d'albums — la plateforme propose désormais sa technologie de détection sous licence aux autres acteurs du marché. Cette démarche vise à encourager une transparence globale et à décourager les pratiques frauduleuses qui pèsent sur la rémunération des auteurs-compositeurs. Pour la plateforme, l'objectif est de garantir un avenir où le choix de l'auditeur reste préservé face à l'automatisation croissante de la production musicale.